Le conte du Petit Poucet.
D.Desbornes. 2015
(Lire le conte à la fin de l’interprétation)
Dans le passé, les grands Sages qui ont découvert (ou inventé ?) le sens de la vie, avaient coutume de s’exprimer à travers un langage métaphorique. Moïse, Bouddha, Socrate, Jésus utilisaient des paraboles. De nombreux Sages anonymes ont transmis un enseignement dans les contes et les mythes.
Leur esprit a-t-il été capable d’accéder à une longueur d’onde différente de la nôtre et d’entrer en résonance avec des informations sur l’univers ou bien leur découverte n’est-elle qu’une projection de leur esprit ? Nous n’avons pas de réponse à cette question.
On retrouve mention du Petit Poucet dans des textes très anciens de l’Inde et de la Chine. Grimm et Perrault ont transcrit des contes qui jusque là étaient transmis oralement. Il est tout à fait possible qu’au cours des millénaires de petites déformations ou des détails se soient ajoutés au récit originel. Cette interprétation n’en tient pas compte, elle se réfère à la trame du récit.
C’est en étudiant l’Allégorie de la Caverne de Socrate dans La République de Platon que l’analogie avec l’histoire de Petit Poucet m’est apparue.
Ce conte est initiatique, il demande à être décrypté. Il parle de l’essence et du destin de l’être humain. Le Petit Poucet et ses 6 frères représentent à la fois l’être humain dans sa singularité et le genre humain dans son universalité.
« Le bûcheron et la bûcheronne » symbolisent les deux énergies fondamentales, complémentaires, indispensables à l’engendrement de la vie humaine : le masculin et le féminin ou le yang et le yin. Chaque être humain est constitué de ces deux énergies (Animus et Anima selon la terminologie de Jung).
En entrant dans le monde manifesté, nous entrons dans la dualité.
Ils engendrent 7 enfants (pourquoi seulement des garçons ?). L’être humain est constitué de 7 « strates » ou « enveloppes » ou « véhicules » ou « niveaux d’existence » ou « énergies vibratoires ». Selon la théorie orientale du Yoga, il existe 7 centres d’énergie nommés Çakras. La conscience peut les activer et faire circuler la « Kundalini » (énergie cosmique endormie dans la structure énergétique humaine dans le cakra de la base de la colonne vertébrale).
« Le Sept, c’est le chiffre de la création »
Les 7 frères diffèrent par leur essence. Le plus grand dans le monde visible est le moins important dans le monde invisible. Et la hiérarchie s’inverse dans le monde invisible : le plus petit est le plus important. « Les premiers seront les derniers » est-il dit dans L’Evangile.
1. Le premier frère, le plus grand dans le monde matériel symbolise l’élément « terre », le monde solide, le corps physique, visible, la peau et les os, la matérialité de l’être humain et les besoins du corps : nourriture, reproduction.
(On vit plusieurs semaines sans manger …)
Sur le plan de l’humanité l’univers du premier frère est celui des reproducteurs, des bâtisseurs, des créateurs de richesses matérielles …
Le premier frère correspond au centre racine où siègent la Kundalini et les désirs physiques vitaux.
2. Le deuxième frère, symbolise l’élément « eau« , le monde liquide, les « humeurs« . (Celui-ci pourrait être une fille !)
Au sens propre c’est le plasma, le sang et tous les autres liquides … qui constituent 90 % du corps humain.
(On ne vit que 2 ou 3 jours sans boire.)
Au sens figuré se sont les émotions, l’imagination ce qu’on appelle l’âme du poète.
L’univers du deuxième frère est celui des artistes et créateurs d’images.
Il correspond au çakra sacro-coccygien que les Japonais nomment le « Hara », situé dans le ventre légèrement en dessous du nombril, siège des émotions.
3. Le troisième frère, symbolise l’élément « air« , le monde des échanges, des idées. Il représente le mental, la pensée, la cérébralité, l’intelligence. On dit de la pensée qu’elle est aérienne. Les paroles sont produites à l’aide du souffle et circulent dans l’air.
(On ne peut pas vivre plus de 5 minutes sans oxygène).
L’univers du troisième frère est celui des intellectuels qui traduisent le monde en idées et en paroles en écriture.
Il correspond au Çakra du plexus solaire, qui contrôle aussi la respiration, le souffle.
Ces 3 niveaux correspondent au monde dit « matériel », (la terre, eau, et air) qui est constitué d’atomes, particules tournoyant autour d’un noyau dans le vide.
4. Le quatrième frère, symbolise l’élément « feu » que les Anciens nommaient aussi « Premier éther ». Il représente la chaleur.
Au sens propre l’être humain vit dans une atmosphère chaude, 37° c’est très chaud par rapport à la température de l’univers de – 273 °.
Au sens figuré, la chaleur représente l’affect, le sentiment, les passions, l’amour.
L’univers du quatrième frère est celui des philanthropes, des êtres dont la vie exprime un élan d’amour, de charité de compassion pour le genre humain. Il s’agit ici du Çakra cardiaque, l’énergie du cœur, l’Amour.
5. Le cinquième frère symbolise le « deuxième éther », c’est peut-être l’ensembles des forces qui induisent le « mouvement« . Tout bouge, selon des rythmes ou des périodicités, dans notre corps, et dans le monde, les galaxies, les astres et les particules à l’intérieur des atomes.
Ces mouvements sont engendrés par des forces cosmiques.
[Les cosmologues en ont repéré 4. Ils les nomment « conditions initiales« . Elles assurent dés le départ l’organisation rigoureuse du cosmos.
« La force nucléaire forte est responsable de la cohésion des noyaux atomiques. Elle est la colle qui lie ensemble les protons et les neutrons constituant ces noyaux ainsi que les quarks…
La force nucléaire faible est responsable de la radioactivité, c’est-à-dire de la transmutation de noyaux d’atomes qui perdent spontanément de leur masse en émettant des particules ou des rayonnements électromagnétiques. […] Son champ d’action (…) n’est que le dixième de celui de la force forte.
La force électromagnétique tient ensemble les atomes, les molécules et les doubles hélices de l’ADN. (…) C’est elle qui est responsable de la forme d’un pétale de rose. (…)Elle confère de la solidité aux choses…
La force de gravité nous colle à la terre (…) Son domaine d’action s’étend à l’univers entier. C’est elle qui est responsable de son architecture….. » T.X.Thuan
Ces quatre forces et une quinzaine de constantes physiques assurent le réglage de l’univers.
Ce réglage est d’une précision stupéfiante (mathématiquement) et parfait. L’équilibre entre la force explosive (centrifuge) du big-bang et la force gravitationnelle (centripète) qui ralentit le mouvement est presque miraculeux. Si l’on changeait à peine l’intensité des forces, l’univers serait stérile ou se désagrégerait immédiatement. T.X.Thuan affirme que le réglage de la densité de l’univers à son commencement a une précision de 10-60.
Actuellement, la « théorie des cordes » est une hypothèse qui unifierait les 4 forces initiales.
Les briques fondamentales de l’Univers ne seraient pas des particules ponctuelles mais des sortes de cordelettes vibrantes immatérielles possédant une tension, à la manière d’un élastique.]
C’est le Çakra laryngé, c’est à dire à la force du Verbe, parole qui impulse un acte.
Cela pourrait ressembler à ce que les croyants appellent le « Verbe ». (Cf. le texte de saint Jean « Au commencement était le Verbe »), c’est à dire un langage, qui a le pouvoir, à la fois, de signifier un être (de le définir) et d’agir en lui donnant sa propre existence.
Ce Verbe n’a rien à voir avec la parole produite par la pensée dont l’efficacité serait plus proche de celle d’une bulle, il serait plus en rapport avec la parole qui donne un ordre venant de la volonté …
Il pourrait représenter l’ensemble des hommes qui ont fait bouger le monde, les grands législateurs, fondateurs de religion ou de civilisation.
6. Le sixième frère symbolise le « troisième éther » ? Serait-ce l’Information ?
Des milliards d’ondes électromagnétiques circulent dans le « vide ». Elles sont porteuses d’informations codées. Il existe une infinité de « logiciels » invisibles qui définissent et organisent chaque type d’être : pierre, cristal, métaux, arbres, feuilles, fleurs, animaux, êtres humains. Il n’y a pas deux êtres absolument identiques dans l’univers.
Les grands voyants sont ceux qui savent capter directement les informations qui circulent entre les êtres. On les dit doués d’une intuition supra-rationnelle.
Il correspond au Cakra frontal, situé entre le deux yeux, nommé aussi « Troisième œil« , celui des « voyants ».
Une cause inconnue et prodigieuse vient combiner et torsader des milliards de cellules : l’ADN par exemple. L’ADN, le « code » génétique est non seulement une banque de données colossale, mais il possède aussi la capacité (« ARN messager ») de fabriquer des êtres vivants conformes à ces données. Les informations qui viennent de l’intérieur et de l’extérieur sont, elles aussi, »codées » dans le corps.
[Le biologiste Ruppert Sheldrake suggère que la nature des choses dépend de champs organisateurs : « les champs morphiques« . « Ils sont connus de la physique. Ce sont des régions d’influence non matérielles s’étendant dans l’espace et se prolongeant dans le temps. […] Ce sont des schèmes (des logiciels sans supports) d’influence, organisateurs potentiels, susceptibles de se manifester à nouveau, en d’autres temps, en d’autres lieux, partout où et à chaque fois que, les conditions physiques seront appropriées. » R. Sheldrake. Cette théorie n’est pas encore vérifiée, ni falsifiée.]
Les choses ont l’air de se passer comme si un Langage à la puissance x , une gigantesque « banque de données » présidait à l’apparition du monde.
Il est probable que différentes « mémoires » (traces ou engrammes du passé) s’enregistrent d’une manière codée dans cette « banque de données » l’enrichissant ou la parasitant : mémoire « akashique » des Hindous, (archives de toutes les expériences humaines individuelles et collectives du passé), équivalente du « Grand Livre » de Dieu, « mémoire cellulaire », « mémoire transgénérationnelle », « mémoire du corps » etc.
Si la structure de l’univers est fractale ou holographique, cette « banque de données » est partout, c’est à dire dans chaque atome et dans chaque cellule …
Anthropologues et psychanalystes s’accordent sur le constat que, fondamentalement, « l’homme est langage ». (Lévi-Strauss, Lacan).
Cela pourrait-il signifier que l’être humain est le produit du mélange de toutes ces informations ?
7. Enfin, le septénaire, le Petit Poucet atypique, minuscule, qui reste « éveillé » tandis que les autres dorment. Invisible, il est caché « sous l’escabelle de son père pour les écouter sans être vu ». Non seulement il n’est pas pris en considération, mais il est maltraité. Pourtant c’est lui qui anime et guide la fratrie, il peut aussi s’en séparer. Il représente l’Esprit : parcelle de conscience ? De lumière ? Parcelle de divinité ?
Il est ce qui résiste à toute analyse et à toute définition, parce qu’il se situe au-delà du champ de l’observation, il est immatériel et invisible. Le mental ne peut en saisir l’essence.
Si le corps est du côté du « vide », l’esprit est-il du côté du « plein », un être d’une densité ontologique absolue ?
Il correspond au Çakra coronal, situé légèrement au-dessus de la tête. Lorsque la conscience y accède elle atteint l’illumination.
(On dit que chez le Bouddha, l’expression de cette énergie a été si puissante qu’elle a produit une « bosse » à cet endroit du crâne : la bosse de l’illumination ! )
Ce serait l’univers des purs esprits, Anges ou Sages ?
[Sur l’importance du nombre 7 dans la pensée traditionnelle, voir Le dictionnaire des symboles, Chevalier et Gheerbrant, à l’article « sept ».
Il y a plusieurs divergences sur le parallélisme entre les différents niveaux de l’être, et les couleurs. Les divergences sont encore plus grandes lorsqu’il s’agit d’établir des correspondances entre les 7 métaux de l’alchimie, les 7 planètes, les 7 jours de la semaine, les 7 pierres précieuses, les 7 notes de musique etc.]
Pour résumer cette analyse et respecter une hiérarchie axiologique (valeurs), il convient d’inverser l’ordre de notre description et de placer le Poucet en premier (voir le tableau récapitulatif en fin de texte).
La conception matérialiste s’inscrit en faux contre cette vision de l’univers puisqu’elle affirme que la pensée (dans laquelle elle englobe confusément ce que les Anciens distinguaient avec nuances : l’âme, la pensée, l’esprit …) est un produit de la matière.
Lançons-nous dans une hypothèse audacieuse et peut-être un peu folle …
Les scientifiques (Hubert Reeves) découvrent que l’univers est constitué de plus de 99% de « matière noire », cette « matière » est immatérielle et dite « noire » parce qu’elle reste « obscure » à notre entendement, donc totalement inconnue.
Pourrait-elle être la somme des esprits de l’univers ? Est-ce ce que les croyants nomment Dieu ?
Les parents n’ont plus de pain, ils sont pauvres c’est à dire ignorants.
Les enfants sont « abandonnés » dans une forêt dense, sombre, condamnés à l’errance et à la mort. Les loups rôdent, ils en entendent les hurlements. L’être humain par sa naissance est propulsé et enfermé comme dans une sorte de « matrice », (une « caverne » d’après Socrate) dans un univers infini, sans lumière (= vérité), sans repère, et sans protection contre son hostilité (les loups). Il est destiné à être anéanti par la mort.
La nature n’a pas de quoi nourrir les besoins essentiels de l’être humain. L’esprit a faim de connaissance de vérité. Une fois lancé dans le monde matériel l’être humain ne trouve aucune réponse à ses interrogations fondamentales : « Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? » L’univers est opaque et silencieux. La seule certitude qui soit donnée à l’être humain est celle de sa finitude. Les enfants ont « faim et peur » : l’être humain est douloureusement piégé dans son angoisse existentielle. La vie lui semble absurde.
La première tentative de l’esprit : semer des petits cailloux le long du chemin.
Le terme caillou vient du latin « calculus« . Les Anciens se servaient de petits cailloux pour calculer. Le terme « calcul » signifie donc d’abord caillou, une petite pierre, (cf. les calculs de la vésicule biliaire) et ensuite une opération mathématique. Les cailloux disposés sur le sol dans un ordre régulier, sont le symbole d’un enchaînement logique de raisonnements mathématiques.. Dans un premier temps, l’esprit cherche des réponses logiques pour sortir de son errance et se repérer dans l’univers. L’intelligence produit la science, grâce à laquelle nous trouvons des repères dans l’univers, le monde nous devient plus compréhensible. La cosmologie nous explique le commencement de l’univers, la biologie et la génétique le commencement de la vie, et de l’être humain. Apparemment nous devrions pouvoir nous nourrir de ces connaissances.
Le mythe nous dit qu’elles sont insuffisantes. Les enfants reviennent à leur point de départ et il n’y a toujours pas de quoi les nourrir.
En effet, la science permet de comprendre le « comment« , le fonctionnement des choses, mais elle ne nous éclaire pas sur le « pourquoi« , sur le sens véritable de notre existence dans le monde.
C’est pourquoi les petits cailloux deviennent tout naturellement des miettes de pain qui s’évanouissent et ne mènent finalement nulle part. Cela traduit la « vanité », le vide des réponses de la science par rapport à notre quête de Sens. Les enfants à peine revenus à la case « départ » sont à nouveau abandonnés. Non seulement la science ne calme pas notre angoisse existentielle, mais elle l’exacerbe. La cosmologie nous effraie, elle nous montre que nous sommes encore plus perdus que nous ne le pensions dans un univers tournoyant dont nous ne voyons plus les limites.
Après avoir erré dans la forêt et dans la nuit, seul le Poucet comprend que le salut ne réside pas dans ce cheminement horizontal.
Il verticalise sa quête. Il « grimpe au sommet d’un arbre », tandis que ses frères restent au sol. Cela ressemble sot à une technique de méditation, soit à une expérience de « décorporation » dans laquelle l’esprit se détache du corps. Cette expérience est décrite par tous ceux qui ont vécu une NDE (Near Death Expérience ou EMI, expérience de mort imminente).
Le Poucet aperçoit, au loin, une petite lumière. Ce n’est pas encore La Vérité, mais une information sur l’orientation à suivre. Le Petit Poucet redescend de son arbre et chemine difficilement avec ses frères dans cette direction. Peut-être cela signifie-t-il qu’une discipline du corps est nécessaire à la réussite de cette quête ?
Cette lumière conduit à la maison de L’Ogre. L’ogre est un être qui dévore ce qu’il a engendré. Dans ce conte, il dévore ses filles. Il symbolise le temps puisque grâce au temps nous pouvons naître, mais à cause du temps nous allons vieillir et être engloutis dans la mort. Dans la mythologie grecque l’ogre est représenté par Chronos (le temps), le dieu qui avale ses enfants. La première vérité que le Poucet découvre c’est l’essence du temps qui annihile tout ce qui est matériel.
Ce qui est très surprenant dans ce conte, c’est l’assimilation de l’ogre à l’espace : « il chausse les bottes de 7 lieues » !
[ Ce n’est qu’au début du XX° siècle qu’Einstein explique dans la Théorie de la Relativité qu’on ne peut pas séparer l’espace et le temps. L’univers est spatio-temporel. « Le monde est un continuum quadri-dimensionnel : les trois dimensions de l’espace, et celle du temps ». Ce qui implique : 1. Qu’un corps qui se meut se contracte dans le sens du mouvement de translation. 2. Que le temps s’accélère si la vitesse ralentit, et inversement le temps ralentit si la vitesse s’accélère.]
Il devient logique que la mission du Poucet soit de « tuer » l’ogre, c’est à dire de le dépasser, même si ce meurtre est absent dans le conte de Perrault. Pourrait-il lui prendre ses bottes sans le tuer ? L’ogre mort et les bottes de 7 lieues aux pieds, le Poucet sort du temps et acquiert un don d’ubiquité. Mais cela peut vouloir dire aussi qu’il a été capable de ruser avec le temps, de sortir de l’enfermement, des contraintes de l’espace et du temps et de la prison de son corps. Il accède au monde non manifesté.
Il rencontre le Roi, qui symbolise l’absolu, le principe qui gouverne l’univers, le divin pour les croyants. Ce pourrait être une extase mystique. Les grands mystiques la décrivent comme l’expérience d’un contact avec une réalité si intense et si lumineuse qu’elle les comble de joie et qu’elle répond instantanément à toutes leurs interrogations et dévoile Le Sens de tout ce qui est.
Dans le conte le roi lui offre beaucoup d’argent, on peut imaginer cette richesse sous la forme de grands sacs pleins de pièces d’or …
Le Petit Poucet peut alors revenir vers les siens et distribuer sa richesse. Il est devenu un Sage qui transmet, éclaire et « nourrit » l’humanité en lui révélant le sens de son existence.
Problème : L’esprit est-il capable d’accéder à un au-delà des apparences, à une vérité ontologique ?
Ou bien son désespoir en face du mystère de son destin produit-il une hallucination de sens, un feu d’artifice qui désintègre les doutes de son mental ?
Les philosophies de l’absurde font-elles preuve de lucidité ou de cécité spirituelle ?
Notre besoin de sens correspond-t-il à une réalité du sens ou bien est-il sans objet ?
Il n’y a pas de réponse à ces questions.
Bibliographie succincte : Le Dictionnaire des Symboles Chevalier et Gheerbrant, Encyclopédie des symboles sous la direction de M.Cazenave,
Le Yoga, Mircéa Eliade, Le symbolisme des contes de fées, Loeffler et Delachaux, édition Arche. Encyclopédie Universalis.
Voir le tableau page suivante :
CONTE du petit Poucet. Tableau Personnages.InterprétationExplications duProfesseurFacultés del’individu.Fonctions dans la sociétéCouleurs. NotesSeptenaire: le Poucet. ESPRIT « parcelle de divinité ». Esprit. Partie immortelle.Purs esprits ? Hors du monde visible. Monde divin. »Anges » pour les croyants BLANC. Si.6ème frère. »3ème ether » Vibration.Influx nerveux.Electricité dans nos neurones.Intuition. Consciencesuprarationnelle. SAGES VIOLET ? La.5ème frère. »2ème ether » Mouvement Rythme.Tout bouge dans notre corps. Volonté. = commencer une action.Grands fondateurs de civilisations. BLEU ? Sol.4ème frère. « 1er Ether » = « feu » Chaleur. A peu près 37°Sentiment. AMOUR.GrandsPhilanthropes,= amour de l’humanité. VERT ? Fa.3ème frère. gazeux = « air » Oxygène. (Onvit 5 mn sans respirer).Mental.Cérébralité.Intelligence logique. raison.Intellectuels Traduisent le monde en paroles JAUNE ? Mi.2ème frère. Liquide = « eau« Les « humeurs »Plasma, sang…= 90 % du corps.(On vit 2 jours sans boire). Emotions.Imagination. »âme » du poète. ARTISTES. Créateurs d’images. ORANGE ? Ré.1er frère.Solide = « terre« Matière, corps physique. os, peau.(On vit plusieurs semaines sans manger).Sensations(cinq sens)BesoinsDésirs(nourrir le corps, le reproduire.)ARTISANS. Bâtisseurs, créateurs de richesses. ROUGE ? Do. Ce tableau est reconstitué à partir de plusieurs ouvrages : Le Dictionnaire des Symboles, J. Chevalier et A. Gheerbrant, L’Encyclopédie des symboles, H. Biedermann, Le Yoga, Mircéa Eliade, Le symbolisme des contes de fées, Loeffler et Delachaux, édition Arche.Il y a plusieurs divergences sur le parallélisme entre les différents niveaux de l’être, et les couleurs. Les divergences sont encore plus grandes lorsqu’il s’agit d’établir des correspondances entre les 7 métaux de l’alchimie, les 7 planètes, les 7 jours de la semaine, les 7 pierres précieuses. |
Le conte
Le Petit Poucet de Charles Perrault (copié depuis un site Internet)
« Il était une fois un Bûcheron et une Bûcheronne qui avaient sept enfants tous Garçons. L’aîné n’avait que dix ans, et le plus jeune n’en avait que sept. On s’étonnera que le Bûcheron ait eu tant d’enfants en si peu de temps; mais c’est que sa femme allait vite en besogne, et n’en faisait pas moins que deux à la fois. Ils étaient fort pauvres, et leurs sept enfants les incommodaient beaucoup, parce qu’aucun d’eux ne pouvait encore gagner sa vie. Ce qui les chagrinait encore, c’est que le plus jeune était fort délicat et ne disait mot : prenant pour bêtise ce qui était une marque de la bonté de son esprit. Il était fort petit, et quand il vint au monde, il n’était guère plus gros que le pouce, ce qui fit que l’on l’appela le petit Poucet. Ce pauvre enfant était le souffre-douleur de la maison, et on lui donnait toujours le tort. Cependant il était le plus fin, et le plus avisé de tous ses frères, et s’il parlait peu, il écoutait beaucoup. Il vint une année très fâcheuse, et la famine fut si grande, que ces pauvres gens résolurent de se défaire de leurs enfants. Un soir que ces enfants étaient couchés, et que le Bûcheron était auprès du feu avec sa femme, il lui dit, le cœur serré de douleur :
Tu vois bien que nous ne pouvons plus nourrir nos enfants ; je ne saurais les voir mourir de faim devant mes yeux, et je suis résolu de les mener perdre demain au bois, ce qui sera aisé, car tandis qu’ils s’amuseront à fagoter, nous n’avons qu’à nous enfuir sans qu’ils nous voient.
Ah ! s’écria la Bûcheronne, pourrais-tu bien toi-même mener perdre tes enfants ? Son mari avait beau lui représenter leur grande pauvreté, elle ne pouvait y consentir, elle était pauvre, mais elle était leur mère. Cependant ayant considéré quelle douleur ce leur serait de les voir mourir de faim, elle y consentit, et alla se coucher en pleurant. Le petit Poucet ouït tout ce qu’ils dirent, car ayant entendu de dedans son lit qu’ils parlaient d’affaires, il s’était levé doucement, et s’était glissé sous l’escabelle de son père pour les écouter sans être vu. Il alla se coucher et ne dormit point le reste de la nuit, songeant à ce qu’il avait à faire. Il se leva de bon matin, et alla au bord d’un ruisseau, où il emplit ses poches de petits cailloux blancs, et ensuite revint à la maison. On partit, et le petit Poucet ne découvrit rien de tout ce qu’il savait à ses frères. Ils allèrent dans une forêt fort épaisse, où à dix pas de distance on ne se voyait pas l’un l’autre.
Le Bûcheron se mit à couper du bois et ses enfants à ramasser les broutilles pour faire des fagots. Le père et la mère, les voyant occupés à travailler, s’éloignèrent d’eux insensiblement, et puis s’enfuirent tout à coup par un petit sentier détourné. Lorsque ces enfants se virent seuls, ils se mirent à crier et à pleurer de toute leur force.
Le petit Poucet les laissait crier, sachant bien par où il reviendrait à la maison; car en marchant il avait laissé tomber le long du chemin les petits cailloux blancs qu’il avait dans ses poches. Il leur dit donc, ne craignez point, mes frères ; mon Père et ma Mère nous ont laissés ici, mais je vous ramènerai bien au logis, suivez-moi seulement. Ils le suivirent et il les mena jusqu’à leur maison par le même chemin qu’ils étaient venus dans la forêt. Ils n’osèrent d’abord entrer mais ils se mirent tous contre la porte pour écouter ce que disaient leur Père et leur Mère.
Dans le moment que le Bûcheron et la Bûcheronne arrivèrent chez eux, le Seigneur du Village leur envoya dix écus qu’il leur devait il y avait longtemps, et dont ils n’espéraient plus rien. Cela leur redonna la vie, car les pauvres gens mouraient de faim. Le Bûcheron envoya sur l’heure sa femme à la Boucherie. Comme il y avait longtemps qu’elle n’avait mangé, elle acheta trois fois plus de viande qu’il n’en fallait pour le souper de deux personnes. Lorsqu’ils furent rassasiés, la Bûcheronne dit, hélas! où sont maintenant nos pauvres enfants? Ils feraient bonne chère de ce qui nous reste là. Mais aussi, Guillaume, c’est toi qui les as voulu perdre ; j’avais bien dit que nous nous en repentirions. Que font-ils maintenant dans cette Forêt ? Hélas ! mon Dieu, les Loups les ont peut-être mangés! Tu es bien inhumain d’avoir perdu ainsi tes enfants. Le Bûcheron s’impatienta à la fin, car elle redit plus de vingt fois qu’ils s’en repentiraient et qu’elle l’avait bien dit. Il la menaça de la battre si elle ne se taisait. Ce n’est pas que le Bûcheron ne fût peut-être encore plus fâché que sa femme, mais c’est qu’elle lui rompait la tête, et qu’il était de l’humeur de beaucoup d’autres gens, qui aiment fort les femmes qui disent bien, mais qui trouvent très importunes celles qui ont toujours bien dit. La Bûcheronne était toute en pleurs: Hélas! où sont maintenant mes enfants, mes pauvres enfants? Elle le dit une fois si haut que les enfants qui étaient à la porte, l’ayant entendue, se mirent à crier tous ensemble : Nous voilà, nous voilà.
Elle courut vite leur ouvrir la porte, et leur dit en les embrassant, que je suis aise de vous revoir, mes chers enfants ! vous êtes bien las, et vous avez bien faim; et toi Pierrot, comme te voilà crotté, viens que je te débarbouille. Ce Pierrot était son fils aîné qu’elle aimait plus que tous les autres, parce qu’il était un peu rousseau, et qu’elle était un peu rousse. Ils se mirent à Table, et mangèrent d’un appétit qui faisait plaisir au Père et à la Mère, à qui ils racontaient la peur qu’ils avaient eue dans la Forêt en parlant presque toujours tous ensemble. Ces bonnes gens étaient ravis de revoir leurs enfants avec eux, et cette joie dura tant que les dix écus durèrent. Mais lorsque l’argent fut dépensé, ils retombèrent dans leur premier chagrin et résolurent de les perdre encore, et pour ne pas manquer leur coup, de les mener bien plus loin que la première fois. Ils ne purent parler de cela si secrètement qu’ils ne fussent entendus par le petit Poucet, qui fit son compte de sortir d’affaire comme il avait déjà fait ; mais quoiqu’il se fût levé de bon matin pour aller ramasser des petits cailloux, il ne put en venir à bout, car il trouva la porte de la maison fermée à double tour. Il ne savait que faire, lorsque la Bûcheronne leur ayant donné à chacun un morceau de pain pour leur déjeuner, il songea qu’il pourrait se servir de son pain au lieu de cailloux en le jetant par miettes le long des chemins où ils passeraient ; il le serra donc dans sa poche.
Le Père et la Mère les menèrent dans l’endroit de la Forêt le plus épais et le plus obscur, et dès qu’ils y furent, ils gagnèrent un faux-fuyant et les laissèrent là. Le petit Poucet ne s’en chagrina pas beaucoup, parce qu’il croyait retrouver aisément son chemin par le moyen de son pain qu’il avait semé partout où il avait passé ; mais il fut bien surpris lorsqu’il ne put en retrouver une seule miette; les Oiseaux étaient venus qui avaient tout mangé. Les voilà donc bien affligés, car plus ils marchaient, plus ils s’égaraient et s’enfonçaient dans la Forêt. La nuit vint, et il s’éleva un grand vent, qui leur faisait des peurs épouvantables. Ils croyaient n’entendre de tous côtés que des hurlements de Loups qui venaient à eux pour les manger. Ils n’osaient presque se parler ni tourner la tête. Il survint une grosse pluie qui les perça jusqu’aux os ; ils glissaient à chaque pas et tombaient dans la boue, d’où ils se relevaient tout crottés, ne sachant que faire de leurs mains.
Le petit Poucet grimpa au haut d’un Arbre pour voir s’il ne découvrait rien ; ayant tourné la tête de tous côtés, il vit une petite lueur comme d’une chandelle, mais qui était bien loin par-delà la Forêt. Il descendit de l’arbre ; et lorsqu’il fut à terre, il ne vit plus rien; cela le désola. Cependant, ayant marché quelque temps avec ses frères du côté qu’il avait vu la lumière, il la revit en sortant du Bois. Ils arrivèrent enfin à la maison où était cette chandelle, non sans bien des frayeurs, car souvent ils la perdaient de vue, ce qui leur arrivait toutes les fois qu’ils descendaient dans quelques fonds. Ils heurtèrent à la porte, et une bonne femme vint leur ouvrir. Elle leur demanda ce qu’ils voulaient ; le petit Poucet lui dit qu’ils étaient de pauvres enfants qui s’étaient perdus dans la Forêt, et qui demandaient à coucher par charité. Cette femme les voyant tous si jolis se mit à pleurer, et leur dit, hélas ! mes pauvres enfants, où êtes-vous venus ? Savez-vous bien que c’est ici la maison d’un ogre qui mange les petits enfants ? Hélas ! Madame, lui répondit le petit Poucet, qui tremblait de toute sa force aussi bien que ses frères, que ferons-nous? Il est bien sûr que les Loups de la Forêt ne manqueront pas de nous manger cette nuit, si vous ne voulez pas nous retirer chez vous. Et cela étant, nous aimons mieux que ce soit Monsieur qui nous mange ; peut-être qu’il aura pitié de nous, si vous voulez bien l’en prier. La femme de l’Ogre qui crut qu’elle pourrait les cacher à son mari jusqu’au lendemain matin, les laissa entrer et les mena se chauffer auprès d’un bon feu ; car il y avait un Mouton tout entier à la broche pour le souper de l’Ogre.
Comme ils commençaient à se chauffer, ils entendirent heurter trois ou quatre grands coups à la porte : c’était l’Ogre qui revenait. Aussitôt sa femme les fit cacher sous le lit et alla ouvrir la porte. L’Ogre demanda d’abord si le souper était prêt, et si on avait tiré du vin, et aussitôt se mit à table. Le Mouton était encore tout sanglant, mais il ne lui en sembla que meilleur. Il fleurait à droite et à gauche, disant qu’il sentait la chair fraîche. Il faut, lui dit sa femme, que ce soit ce Veau que je viens d’habiller que vous sentez. Je sens la chair fraîche, te dis-je encore une fois, reprit l’Ogre, en regardant sa femme de travers, et il y a ici quelque chose que je n’entends pas. En disant ces mots, il se leva de Table, et alla droit au lit. Ah, dit-il, voilà donc comme tu veux me tromper, maudite femme !
Je ne sais à quoi il tient que je ne te mange aussi ; bien t’en prend d’être une vieille bête. Voilà du Gibier qui me vient bien à propos pour traiter trois Ogres de mes amis qui doivent me venir voir ces jours ici. Il les tira de dessous le lit l’un après l’autre. Ces pauvres enfants se mirent à genoux en lui demandant pardon; mais ils avaient à faire au plus cruel de tous les Ogres, qui bien loin d’avoir de la pitié les dévorait déjà des yeux, et disait à sa femme que ce serait là de friands morceaux lorsqu’elle leur aurait fait une bonne sauce. Il alla prendre un grand Couteau, et en approchant de ces pauvres enfants, il l’aiguisait sur une longue pierre qu’il tenait à sa main gauche. Il en avait déjà empoigné un, lorsque sa femme lui dit : Que voulez-vous faire à l’heure qu’il est? n’aurez-vous pas assez de temps demain matin ? Tais-toi, reprit l’Ogre, ils en seront plus mortifiés.
Mais vous avez encore là tant de viande, reprit sa femme ; voilà un Veau, deux Moutons et la moitié d’un Cochon ! Tu as raison, dit l’Ogre ; donne-leur bien à souper, afin qu’ils ne maigrissent pas, et va les mener coucher. La bonne femme fut ravie de joie, et leur porta bien à souper mais ils ne purent manger tant ils étaient saisis de peur. Pour l’Ogre, il se remit à boire, ravi d’avoir de quoi si bien régaler ses Amis. Il but une douzaine de coups plus qu’à l’ordinaire, ce qui lui donna un peu dans la tête, et l’obligea de s’aller coucher. L’Ogre avait sept filles, qui n’étaient encore que des enfants. Ces petites Ogresses avaient toutes le teint fort beau, parce qu’elles mangeaient de la chair fraîche comme leur père ; mais elles avaient de petits yeux gris et tout ronds, le nez crochu et une fort grande bouche avec de longues dents fort aiguës et fort éloignées l’une de l’autre. Elles n’étaient pas encore fort méchantes ; mais elles promettaient beaucoup, car elles mordaient déjà les petits enfants pour en sucer le sang. On les avait fait coucher de bonne heure, et elles étaient toutes sept dans un grand lit, ayant chacune une Couronne d’or sur la tête.
Il y avait dans la même Chambre un autre lit de la même grandeur, ce fut dans ce lit que la femme de l’Ogre mit coucher les sept garçons ; après quoi, elle s’alla coucher auprès de son mari. Le petit Poucet qui avait remarqué que les filles de l’Ogre avaient des Couronnes d’or sur la tête, et qui craignait qu’il ne prît à l’Ogre quelque remords de ne les avoir pas égorgés dès le soir même, se leva vers le milieu de la nuit, et prenant les bonnets de ses frères et le sien, il alla tout doucement les mettre sur la tête des sept filles de l’Ogre, après leur avoir ôté leurs couronnes d’or qu’il mit sur la tête de ses frères et sur la sienne, afin que l’Ogre les prît pour ses filles, et ses filles pour les garçons qu’il voulait égorger. La chose réussit comme il l’avait pensé ; car l’Ogre s’étant éveillé sur le minuit eut regret d’avoir différé au lendemain ce qu’il pouvait exécuter la veille ; il se jeta donc brusquement hors du lit, et prenant son grand Couteau, allons voir, dit-il, comment se portent nos petits drôles ; n’en faisons pas à deux fois. Il monta donc à tâtons à la Chambre de ses filles et s’approcha du lit où étaient les petits garçons, qui dormaient tous, excepté le petit Poucet, qui eut bien peur lorsqu’il sentit la main de l’Ogre qui lui tâtait la tête, comme il avait tâté celles de tous ses frères. L’Ogre, qui sentit les Couronnes d’or vraiment, dit-il, j’allais faire là un bel ouvrage ; je vois bien que je bus trop hier au soir Il alla ensuite au lit de ses filles, où ayant senti les petits bonnets des garçons, ah ! les voilà, dit-il, nos gaillards !
Travaillons hardiment. En disant ces mots, il coupa sans balancer la gorge à ses sept filles. Fort content de cette expédition, il alla se recoucher auprès de sa femme. Aussitôt que le petit Poucet entendit ronfler l’Ogre, il réveilla ses frères, et leur dit de s’habiller promptement et de le suivre. Ils descendirent doucement dans le Jardin, et sautèrent par-dessus les murailles. Ils coururent presque toute la nuit, toujours en tremblant et sans savoir où ils allaient. L’Ogre s’étant éveillé dit à sa femme, va-t’en là-haut habiller ces petits drôles d’hier soir ; l’Ogresse fut fort étonnée de la bonté de son mari, ne se doutant point de la manière qu’il entendait qu’elle les habillât, et croyant qu’il lui ordonnait de les aller vêtir elle monta en haut où elle fut bien surprise lorsqu’elle aperçut ses sept filles égorgées et nageant dans leur sang. Elle commença par s’évanouir (car c’est le premier expédient que trouvent presque toutes les femmes en pareilles rencontres).
L’Ogre, craignant que sa femme ne fût trop longtemps à faire la besogne dont il l’avait chargée, monta en haut pour lui aider. Il ne fut pas moins étonné que sa femme lorsqu’il vit cet affreux spectacle. Ah ! qu’ai-je fait ? s’écria-t-il, ils me le payeront, les malheureux, et tout à l’heure. Il jeta aussitôt une potée d’eau dans le nez de sa femme et l’ayant fait revenir : Donne-moi vite mes bottes de sept lieues, lui dit-il, afin que j’aille les attraper.
Il se mit en campagne, et après avoir couru bien loin de tous côtés, enfin il entra dans le chemin où marchaient ces pauvres enfants qui n’étaient plus qu’à cent pas du logis de leur père. Ils virent l’Ogre qui allait de montagne en montagne, et qui traversait des rivières aussi aisément qu’il aurait fait le moindre ruisseau. Le petit Poucet, qui vit un Rocher creux proche le lieu où ils étaient, y fit cacher ses six frères, et s’y fourra aussi, regardant toujours ce que l’Ogre deviendrait.
L’Ogre qui se trouvait fort las du long chemin qu’il avait fait inutilement (car les bottes de sept lieues fatiguent fort leur homme), voulut se reposer, et par hasard il alla s’asseoir sur la roche où les petits garçons s’étaient cachés. Comme il n’en pouvait plus de fatigue, il s’endormit après s’être reposé quelque temps, et vint à ronfler si effroyablement que les pauvres enfants n’en eurent pas moins de peur que quand il tenait son grand couteau pour leur couper la gorge. Le petit Poucet en eut moins de peur, et dit à ses frères de s’enfuir promptement à la maison, pendant que l’Ogre dormait bien fort, et qu’ils ne se missent point en peine de lui. Ils crurent son conseil, et gagnèrent vite la maison. Le petit Poucet s’étant approché de l’Ogre, lui tira doucement ses bottes, et les mit aussitôt. Les bottes étaient fort grandes et fort larges; mais comme elles étaient Fées, elles avaient le don de s’agrandir et de s’apetisser selon la jambe de celui qui les chaussait, de sorte qu’elles se trouvèrent aussi justes à ses pieds et à ses jambes que si elles avaient été faites pour lui. Il alla droit à la maison de l’Ogre où il trouva sa femme qui pleurait auprès de ses filles égorgées. votre mari, lui dit le petit Poucet, est en grand danger, car il a été pris par une troupe de voleurs qui ont juré de le tuer s’il ne leur donne tout son or et tout son argent. Dans le moment qu’ils lui tenaient le poignard sur la gorge, il m’a aperçu et m’a prié de vous venir avertir de l’état où il est, et de vous dire de me donner tout ce qu’il a vaillant sans en rien retenir, parce qu’autrement ils le tueront sans miséricorde. Comme la chose presse beaucoup, il a voulu que je prisse ses bottes de sept lieues que voilà pour faire diligence, et aussi afin que vous ne croyiez pas que je sois un affronteur. La bonne femme fort effrayée lui donna aussitôt tout ce qu’elle avait car cet Ogre ne laissait pas d’être fort bon mari, quoiqu’il mangeât les petits enfants.
Le petit Poucet étant donc chargé de toutes les richesses de l’Ogre s’en revint au logis de son père, où il fut reçu avec bien de la joie.
Il y a bien des gens qui ne demeurent pas d’accord de cette dernière circonstance, et qui prétendent que le petit Poucet n’a jamais fait ce vol des bottes de sept lieues, parce qu’il ne s’en servait que pour courir après les petits enfants. Ces gens-là assurent le savoir de bonne part, et même pour avoir bu et mangé dans la maison du Bûcheron. Ils assurent que lorsque le petit Poucet eut chaussé les bottes de l’Ogre, il s’en alla à la Cour, où il savait qu’on était fort en peine d’une Armée qui était à deux cents lieues de là, et du succès d’une Bataille qu’on avait donnée. Il alla, disent-ils, trouver le Roi, et lui dit que s’il le souhaitait, il lui rapporterait des nouvelles de l’Armée avant la fin du jour. Le Roi lui promit une grosse somme d’argent s’il en venait à bout. Le petit Poucet rapporta des nouvelles dès le soir même, et cette première course l’ayant fait connaître, il gagnait tout ce qu’il voulait ; car le Roi le payait parfaitement bien pour porter ses ordres à l’Armée, et une infinité de Dames lui donnaient tout ce qu’il voulait pour avoir des nouvelles de leurs Amants, et ce fut là son plus grand gain. Il se trouvait quelques femmes qui le chargeaient de lettres pour leurs maris, mais elles le payaient si mal, et cela allait à si peu de chose, qu’il ne daignait mettre en ligne de compte ce qu’il gagnait de ce côté-là. Après avoir fait pendant quelque temps le métier de courrier, et y avoir amassé beaucoup de bien, il revint chez son père, où il n’est pas possible d’imaginer la joie qu’on eut de le revoir. Il mit toute sa famille à son aise. Il acheta des Offices de nouvelle création pour son père et pour ses frères ; et par là il les établit tous, et fit parfaitement bien sa cour en même temps. » (Internet)