Le MYTHE d’ICARE
D. Desbornes 2020

La chute d’Icare.
Tableau de Pieter Breughel.
Au musée de Bruxelles.
Le complexe d’Icare est un terme de psychologie désignant une personnalité qui cherche un but élevé inatteignable. Narcissisme adolescent. Désir d’immortalité. Ascensionnisme. Ambition sociale. Ambition spirituelle.
Le récit.
Dédale est grec, apparenté à la famille royale d’Athènes. Dédale, daidalos, signifie « ingénieux« . Homme de talent exceptionnel ; il a construit des bâtiments superbes, des statues animées, une vache à roulettes, le labyrinthe, le fil d’Ariane (ancêtre du G.P.S), des ailes artificielles, des jouets, il gère la plomberie…etc.
Précepteur de son neveu Talos, petit génie, qui à 12 ans a déjà inventé la scie, la roue du potier et le compas … Dédale en devient jaloux et le tue en le précipitant dans le vide du haut du temple d’Athéna au sommet de l’Acropole.
Dédale est exilé.
Il est bien accueilli à Cnossos en Crète par le roi Minos. Il a un fils, Icare, avec Naucraté une esclave de Minos.
Minos (fils de Zeus-Jupiter et d’Europe) époux de Pasiphaé (fille d’Hélios-le Soleil et de Persé).
Minos, en conflit avec ses frères pour obtenir le pouvoir, a demandé à Poséidon-Neptune de faire surgir de la mer un « taureau blanc« . Poséidon lui a offert ce signe pour asseoir sa royauté et lui demande de le lui rendre en sacrifice. Devenu roi, Minos veut posséder ce Taureau blanc, il l’enferme dans un enclos et croit tromper Poséidon en lui sacrifiant un autre taureau. Poséidon, en colère, le punit à travers Pasiphaé qu’il rend folle d’amour pour ce taureau.
Pour séduire le taureau, Pasiphaé demande son aide à Dédale. Il fabrique une vache à roulette qui permet à Pasiphaé de s’unir au taureau blanc. Il en naît Astérios (petit astre), appelé plus tard le Minotaure mi-homme mi-animal (corps humain, buste et tête de taureau).
Furieux contre cet adultère, effrayé par cet amour contre-nature et son résultat, Minos demande à Dédale de lui construire une prison qui jouxte son palais. Dédale invente et réalise le labyrinthe, lieu
« d’enchevêtrement de salles et de couloirs … où l’on perd son chemin », de circonvolutions inextricables, à ciel ouvert, dans lequel Minos enferme Astérios qui prend alors le nom de Minotaure.
Le Minotaure se nourrit de chair humaine. En raison d’un conflit ancien où les Grecs ont été vaincus, Minos contraint Égée, roi d’Athènes à payer un tribut à la Crête en lui livrant, tous les 9 ans, sept jeunes-hommes et sept jeunes-filles pour être dévorés par le Minotaure. La Grèce bientôt dépeuplée de sa jeunesse, Thésée (fils du roi Égée) se propose pour aller tuer le monstre.
Il embarque avec ses compagnons, dans un voilier équipé d’une voilure noire. À son arrivée, Ariane – fille de Minos et de Pasiphaé – tombe amoureuse de lui. Pour le sauver elle demande de l’aide à Dédale. Il lui fabrique le légendaire « fil d’Ariane« , fil magique ancêtre du GPS qui conduit Thésée directement vers le Minotaure qu’il tue et lui permet de retrouver la sortie. Ingrat, il s’en retourne chez lui, abandonnant Ariane, et tout à la joie de sa victoire qu’il fête avec ses compagnons, il oublie de remplacer la voile noire par une voile blanche. Son père apercevant au loin la voile noire, désespéré, se noie dans la mer qui depuis porte son nom : la mer Égée.
(Entre temps, Glaucos – fils de Minos – poursuivant une souris, s’égare dans le palais-labyrinthe de son père et se noie dans une jarre de miel. Il est ressuscité par Polydès.)
Minos est en colère contre Dédale (la vache à roulette et le fil d’Ariane !). Pour le punir il enferme Dédale dans le labyrinthe qu’il a lui-même construit, avec son fils Icare.
Trouvaille de Dédale : les ailes artificielles. Avec les plumes d’oiseaux qui tombent dans le labyrinthe, et de la ficelle de lin il fabrique des ailes et les colle sur leurs épaules à l’aide de cire. Au moment de s’envoler il dit à Icare : « Icare, je te conseille de voler sur une ligne médiane, car, si tu vas trop bas, l’eau risquerait d’alourdir tes plumes, et trop haut, le feu du soleil pourrait les brûler. Vole entre les deux. (…) C’est mon ordre ; suis ta route, en me prenant pour guide ! »
Ovide, Les Métamorphoses. Voir le texte à la fin.
Il s’envole devant son fils, sans le regarder.
Icare, s’élance de toute sa fougue vers le soleil, la cire fond, les ailes se désagrègent, il tombe, appelle son père au secours en vain. Icare se noie dans la mer. Ovide raconte qu’un berger, un laboureur et un pêcheur étaient là sur les lieux au moment de la tragédie, stupéfaits ! (Cf. le tableau de Pieter Breughel).
Dédale enterre son fils et s’envole plus loin. Il se pose dans un village près de Naples où il fabrique un temple avec un toit en or pour Apollon auprès duquel il dépose ses ailes. Puis il continue sa route vers la Sicile.
Il est accueilli par le roi Cocalos (coquillage). Dédale lui construit de superbes bâtiments, un musée pour embellir son royaume et il invente des jouets astucieux pour ses filles.
Pendant ce temps, Minos veut assouvir sa colère et se venger de Dédale. Il arme une flotte royale et cherche Dédale à travers toute la Méditerranée. Il propose une grande fortune à qui résoudra un défi : faire passer un fil à travers une coquille d’escargot en partant de son sommet. C’est un stratagème, il sait que seul Dédale en est capable. (La coquille rappelle le labyrinthe et le fil celui d’Ariane).
Quand Minos arrive en Sicile, Cocalos le reçoit dans son palais et prend connaissance de l’énigme … et évidemment s’adresse à Dédale qui la résout : il fait un petit trou au sommet de la coquille, accroche un minuscule fil à la patte d’une fourmi qu’il place près du trou et enduit de miel la base de la coquille. La fourmi, friande de miel, traverse la coquille de part en part avec son fil et le défi est gagné.
Minos comprend que Dédale est là et exige de Cocalos qu’il le lui livre.
Les filles de Cocalos proposent à Minos de se détendre dans un bain. Dédale se fait alors plombier, modifie la tuyauterie pour que de l’eau bouillante arrive dans la baignoire de Minos, ce qui le tue.
Dédale s’en va et on ne sait plus rien de lui …
Le Mythe d’Icare. Un rêve de l’humanité.
Pourquoi Icare a-t-il chuté ? Accident ou prévisible ? Que représente le labyrinthe ? Quelle est la nature du Minotaure ? Quel serait le message ? Ce mythe peut-il encore nous parler aujourd’hui ?
Dédale, homme d’une intelligence exceptionnelle, invente une prison parfaite dans laquelle il se retrouve enfermé avec son fils Icare. Les ailes qu’il fabrique pour s’envoler hors du labyrinthe « causent » à son insu, la chute et la mort de son fils.
– À un premier niveau, ce mythe parle d’une relation père / fils et de deux axes, l’horizontalité / la verticalité (les ailes et l’envol).
– À un deuxième niveau, il parle de liberté : comment s’échapper d’une prison symbolisée par le labyrinthe et comment se libérer d’un monstre, le Minotaure.
À partir du bilan apparemment négatif de cette histoire, nous nous demanderons quel type de message ce mythe nous envoie. Nous l’analyserons avec les outils de l’onirologie
1. La relation Père / Fils.
* Dédale, le père.
Dédale, athénien, d’origine royale, est un brillant ingénieur ou plutôt un bricoleur de génie (il y a « génie » dans ingénieur). Il se définit par son intelligence. En effet à travers ses productions extrêmement variées il montre un mental inventif, une intelligence exceptionnelle qui a réponse à tout.
Mais il est un assassin. Par jalousie, il tue son jeune neveu Talos, lorsqu’il découvre qu’il est plus intelligent que lui. Il ne supporte pas d’être dépassé. Il est banni d’Athènes.
La richesse de son intelligence s’applique au monde concret. Il répond aux besoins pratiques et aux désirs des égos et se met à leur service.
– Besoin de protection : il fabrique des palais et des demeures splendides.
– Désir de déplacement, il aurait été l’inventeur de la voile des navires.
– Désir de distraction : il crée des jouets exceptionnels et des statues animées (qui paraissaient tellement
vivantes que les Athéniens auraient essayé de les attacher).
– Besoins sexuels, il confectionne une vache à roulette si bien imitée qu’elle attire les pulsions ardentes
du taureau blanc.
– Utilité sociale, il construit une prison si parfaite que nul ne peut s’en échapper.
– Besoin d’orientation, il répond par l’invention d’un fil aussi intelligent qu’un GPS.
– Il maîtrise le système de plomberie des palais pour ébouillanter Minos.
– Enfin il sait fabriquer des ailes mais c’est la seule œuvre qui soit défectueuse…
Toutes ses productions sont techniques, ce sont des artefacts, elles s’appliquent à un monde matériel en rapport avec la consommation. Son horizon est plat. Pour s’échapper du labyrinthe il fabrique des ailes, mais pour un vol horizontal : « ni trop haut, ni trop bas ».
On pourrait résumer en disant qu’il est dans une dynamique horizontale dont l’aboutissement est la construction du labyrinthe, entrelacement de couloirs collés au sol. Chef d’œuvre de son mental dans lequel il finit par s’enfermer lui-même et son fils avec lui. Tel est le modèle de père qu’il propose à Icare.
Le mental aurait-il pu se transformer en prison ? Comme d’habitude Dédale a une solution : fabriquer des ailes avec des plumes d’oiseaux, des ficelles et de la cire. Mais ces ailes ne vont pas convenir à son fils.
* Icare, le fils.
Il est un jeune adolescent, fils d’une esclave, Naucraté, une exilée, sans racines. Il se retrouve enfermé dans le labyrinthe construit par son père. Il est le symbole de l‘envol vers le soleil. Mais il échoue, il chute et se noie. Victime de son orgueil ou de la négligence de son père ?
– Le symbole des ailes.
Il existe toutes sortes d’ailes, celles d’Éros, celles d’Hermès, celles des oiseaux, des anges, des avions …
Dans la « langue des oiseaux » les ailes nous parlent d’elle, le féminin.
– Ce sont d’abord les « ailes » d’Éros, le dieu du désir et de l’amour qui pourrait inciter l’amoureux à s’envoler vers « Elle« , l’éternel féminin. Mais ce n’est encore pas le but d’Icare.
– Icare, jeune adolescent, 12/13 ans est en pleine poussée de testostérone. Ici le désir de voler exprime l’énergie naturelle de l’adolescent et surtout son désir de se libérer de toute contrainte.
En onirologie l’envol traduit d’abord une forme d’impuissance en face du réel et donc un « refus du quotidien et de la réalité », une évasion vers un imaginaire où le rêveur réalise son fantasme de toute-puissance. Les avions et les fusées sont des symboles phalliques de jeunes garçons. Ils traduisent leur goût du dépassement et du risque. Le dynamisme ascensionnel du garçon est un « invariant anthropologique ». On le trouve dans toute l’histoire de l’humanité. Le « Vous serez comme des dieux », tentation du serpent à laquelle obéissent Adam et Ève. La hauteur de la tour de Babel pour égaler Dieu, l’ascension de Prométhée au ciel pour voler le feu des dieux etc. Il est présent aussi dans la notion de progrès qui est l’un des moteurs de l’humanité.
Les ailes d’oiseaux sont un symbole de liberté, les ailes d’anges un symbole spirituel.
Quel est le vrai désir d’Icare lorsqu’il veut atteindre le soleil ?
Le symbole du soleil. En rêve et en astrologie il représente une importante condensation de symboles
– le père idéal,
– le roi (toute-puissance et richesse),
– la lumière (célébrité-star ou vérité),
– le divin (spiritualité)
D’où la complexité et l’ambiguïté du désir d’Icare.
– L’envol.
L’adolescent cherche-t-il un modèle de père idéal ? La toute-puissance en s’égalant à un Dieu ? À jouer les stars, en proie à un orgueil narcissique immature ? Ou bien sa quête pourrait-elle être celle de la vérité, du divin, d’essence métaphysique ?
Son désir est-il fondé sur l’orgueil ? Le narcissisme ? Une passion de la vérité ? Un appel du divin ?
Icare pourrait aussi fuir quelque chose ? Cherche-t-il à se libérer de son père réel, qui lui demande de le prendre pour guide et surtout à la prison dans laquelle il l’a enfermé…? Ou encore veut-il s’arracher à l’attraction de la Terre, symbole féminin de la mère ?
Le mythe ne répond pas à ces questions. Mais il montre qu’il est mortel de vouloir aller trop haut. Ce qui pourrait signifier chez les Grecs un refus de spiritualité (la verticalité) et une exigence de normalisation, standardisée sur le monde matériel (horizontalité) ?
Serait-il aussi une critique voilée de l’idée de progrès ?
* Le complexe d’Icare, en psychologie, se traduit par une ambition, un désir d’élévation sociale, une immaturité adolescente, un complexe d’Œdipe (dépasser le père réel ; le tuer symboliquement) et une quête du père idéal qui peut se métamorphoser en quête de Dieu), un narcissisme, une identification à la lumière (sous toutes ses formes comme celle de devenir une star ou se prendre soi-même pour un dieu), un sentiment d’immortalité, une attirance pour le feu (se brûler les ailes) et pour l’aviation. Cf. Saint Exupéry.
En astrologie le signe du Sagittaire est le plus proche de ce type de caractère. Il est représenté par un centaure qui bande son arc et vise une étoile. Énergie expansive, aller loin et haut.
- Le cheval (le corps, la liberté).
- Le cavalier (une position élevée par rapport aux autres).
- L’Archer (viser loin, au-delà des limites et très haut dans une quête de vérité).
- L’Étoile (voyager dans le ciel, besoin de sens, de vérité, d’idéal, de spiritualité).
Zeus-Jupiter, maître du Sagittaire, est le grand-père d’Ariane, d’où le nom de la fusée Ariane, lanceur de satellites.
Icare chute dans la solitude et l’indifférence générale. Le laboureur, le berger et le pêcheur, le regard tourné vers le bas – ceux qui sont dans la norme – ne le voient même pas, totalement étrangers à cette tragédie. Seul son père en est le témoin malheureux.
Pourquoi Icare a-t-il chuté ? Notion de multicausalité.
– Dans un rêve, le vol vertical est dangereux. Il n’est positif que « si le rêveur a déjà bien su affronter et maîtriser la réalité », écrit Tristan Moir, ce qui n’est pas le cas d’Icare. Ses ailes ne sont ni celles des oiseaux ni celles des anges, elles ne sont que mécaniques. Pour les piloter un apprentissage était nécessaire, comme pour un avion. Son père ne le lui a pas donné. Sa jeunesse et son inexpérience peuvent expliquer sa chute.
– La relation père / fils. Le malentendu ?
Icare n’a-t-il pas entendu son père ? (A-t-il de la « cire » dans les oreilles ?) Ou a-t-il consciemment désobéi, refusé le chemin tracé par son père et son identification à ce modèle d’homme ?
Dédale n’a-t-il pas su se faire comprendre ? Son langage « Icare, je te conseille de voler sur une ligne médiane, car, si tu vas trop bas, l’eau risquerait d’alourdir tes plumes, et trop haut, le feu du soleil pourrait les brûler. Vole entre les deux. (…) C’est mon ordre ; suis ta route, en me prenant pour guide ! » ne pouvait pas être entendu par son fils. En face d’un adolescent bouillonnant Dédale se pose comme un modèle à suivre, il veut lui transmettre le respect de la norme, le refus de l’hybris la démesure, la passion, l’écart. Il est incapable de comprendre son fils ni de prévoir son comportement. La volonté de Dédale va contre le besoin de liberté d’Icare. On est dans une situation d’incommunicabilité. Le père ne sait pas parler à son fils, le fils ne peut pas entendre son père.
– La généalogie : le choix d’une esclave pour mère de son fils a pu transmettre à celui-ci une inclination à l’exil, un problème d’ancrage, une difficulté à se fixer.
– Le cycle karmique naturel de l’action–réaction ; c’est à dire le boomerang de ses propres actions pour chacun nous. Dédale a tué un enfant, il paye sa dette par la douleur de perdre son fils.
– Le transgénérationnel : Dédale est un assassin. On trouve dans la Bible cette conception de l’hérédité du péché : « je suis un Dieu jaloux, qui punis la faute des pères sur les fils jusqu’à la troisième et à la quatrième génération … » Deutéronome 5:9. Les Grecs partagent cette croyance ; la faute des ancêtres se répercute sur leurs descendants. Là, c’est Icare qui paie la dette de son père.
– La mauvaise qualité des ailes : celles que Dédale a fabriquées sont défaillantes, cassables, elles relèvent d’un bricolage imparfait, il est donc responsable d’avoir donné à son fils un outil inadéquat. Quelqu’un qui n’a pas le goût de la verticalité, et qui de plus fabrique des prisons, comment pourrait-il offrir à son fils de véritables ailes, des « ailes de chair et de sang » c’est à dire une vraie liberté ?
Le mythe pose ce problème : comment un père peut-il « bien » éduquer son fils ?
Mais il ne semble pas donner de solution. La réponse serait peut-être en creux : en ne s’identifiant pas à un rôle de guide, en ne se prenant pas pour un modèle autoritaire. En communiquant plutôt avec authenticité, d’individu à individu, une fois libéré de ses propres schèmes sociaux, psychologiques et mentaux. C’est là le véritable enjeu de l’éducation. Pour affranchir son fils de lui-même le père doit avoir conquis sa propre liberté intérieure. Or Dédale est piégé par son mental et par son égo dominateur.
2. Le labyrinthe et le Minotaure

* Le labyrinthe.
Au sens propre :
En latin, labyrinthus signifie « enclos de bâtiments dont il est difficile de trouver l’issue ».
– Le labyrinthe est un réseau compliqué de chemins de galeries, de fausses pistes et d’impasses. C’est donc un lieu où l’on s’égare et dont on n’arrive pas à sortir. Dédale a donné son nom à sa construction ; le « dédale ». On trouve des labyrinthes partout dans le monde, sur les murs des cavernes, en Égypte, chez les précolombiens, en Chine, sur le sol des cathédrales, etc.
– Dans notre corps, plusieurs labyrinthes sont présents ; le cerveau et ses circonvolutions, l’oreille symbole de l’entendement et les intestins, le ventre qui dans les rêves est relié à la mère.
– Dans la société, aujourd’hui le labyrinthe désigne une organisation complexe, tortueuse, concrète ; les mégapoles, les grandes surfaces, les architectures, paysages, jardins, (le plus grand labyrinthe végétal se trouve à Guéret dans la Creuse).
Au sens figuré : toutes les structures complexes, tout ce qui est « système », systèmes financiers, économiques, politiques, les logiciels, tous les réseaux, y compris les réseaux sociaux, l’univers des data, les algorithmes… mais aussi tous les pièges du mental, les dédales de croyances, superstitions, idéologies, préjugés dans lesquels on tourne en rond avec tous les nœuds qu’on se fait dans la tête, en bref tous les univers où la personne peut se perdre.
Au sens symbolique.
Pour Freud c’est l‘inconscient et tous ses replis. Il nomme « fil rouge » la psychanalyse qui permet de remonter à l’origine des conflits et des névroses, d’après lui le refoulement sexuel.
Jung a une tout autre vision du labyrinthe, « il représente le voyage psychique et spirituel que l’homme doit accomplir à l’intérieur de lui-même (son moi) afin de retrouver son propre centre, son Soi ». Le moi a été construit d’abord par le mental, les opinions, les croyances, les préjugés, les émotions et par le monde extérieur, la société. Il s’est assimilé, identifié à toutes sortes de fausses identités et de rôles ; la famille, le père, la mère, le genre, la profession, la nation, la classe sociale, le niveau d’études, la religion, le clan politique, l’idéologie etc. Le mental a enfermé notre être véritable dans une forteresse labyrinthique dont il est l’architecte en nous égarant du centre de nous-même.
Dans un rêve se trouver dans un labyrinthe représente toujours « un moi dont nous ne trouvons pas le centre, donc notre errance dans les méandres de nos différentes facettes, voies, épreuves, expériences, échecs que nous devons parcourir pour arriver au centre de nous-même. (…) Pour progresser ou évoluer l’être humain doit expérimenter tous les chemins de son monde intérieur jusqu’à découvrir son véritable centre de gravité et trouver sa véritable place et son équilibre dans l’univers ». T. Moir.
Si le labyrinthe symbolise les voies de l’égarement il symbolise aussi celles de la progression.
C’est pourquoi ces tracés labyrinthiques s’inscrivent toujours dans des lieux sacrés. Le labyrinthe parle d’initiation. Quantité de mythes et de contes expriment la nécessité d’entrer dans un espace labyrinthique, (grotte, château, forêt…) pour y découvrir un trésor caché. Et il y a toujours une confrontation avec un gardien du seuil qui prend en général l’aspect d’un monstre.
Le Minotaure ?
Quand il naît on le nomme Astérios ce qui signifie « petit astre », petite étoile ou encore petit soleil. Il a effectivement une filiation solaire puisque sa mère Pasiphaé est fille du Soleil. Sans doute le mythe nous informe-t-il qu’il existe à l’intérieur de cet être une « étincelle de lumière » qui se cache et s’altère au cours de sa croissance. En effet, quand on l’enferme dans le labyrinthe, on change son nom, sa première identité solaire est oblitérée, il devient le « Minotaure », moitié homme moitié taureau. Il apparaît alors comme un monstre. Il est cependant de triple nature – animal, homme, esprit – analogue au mystérieux Sphinx égyptien avec son corps d’animal, son visage humain et ses ailes d’ange. Mais à la différence du sphinx dont le visage est humain, la tête de Minotaure est celle d’un animal le taureau. Ce qui signifie qu’il est gouverné par ses pulsions.
Le mythe pourrait-il alors suggérer que les hommes seraient comparables à des Minotaures ? L’avidité de cruauté, les guerres, les massacres, les génocides, l’esclavage, les viols, les inégalités, la voracité du profit… qui ont dominé notre histoire jusqu’à aujourd’hui seraient à la fois l’expression de nos pulsions de mort, et celles de la face égoïste de notre pulsion de vie ?
L’analogie du Minotaure avec l’être humain est claire, nous sommes :
– des êtres en partie humains, dotés de pensée et de parole, (réflexion = se forger un reflet du réel),
– animés de pulsions de vie et de mort, qui nous relient à notre animalité, pour le meilleur ou pour le pire.
– doués de conscience, étincelle de présence, continue, unique, symbolisée par le soleil.
La Table d’Émeraude (texte ésotérique, attribué à Hermès Trismégiste en Égypte au III° ou II° siècle av J.-C.) affirme : « ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. » Il y aurait un parallélisme macrocosme / microcosme.
S’il en est ainsi, de même que soleil-astre situé au centre du système solaire, il existerait un soleil au centre de la psyché humaine, un champ énergétique ou une fréquence vibratoire analogue à celle du Soleil, énergie centrée, irradiante diffusant chaleur (amour, joie) et lumière (présence, vérité), le Soi, intense, unique, immatériel, pure conscience, nous mettant en présence de notre identité originelle, la racine de notre être.
Au soleil extérieur, celui qu’Icare cherche, correspondrait dans le mythe un soleil intérieur invisible, au cœur du Minotaure, celui-ci enfermé au centre du labyrinthe. D’où la double énigme du mythe :
comment gérer le labyrinthe et comment atteindre le cœur du Minotaure c’est à dire sa dimension solaire ?
En Grèce, Socrate insistait sur la nécessité de plonger au cœur de notre être pour trouver la vérité de ce que nous sommes : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux« . Il voulait dire qu’en nous connectant à cette dimension intérieure de nous-même, non seulement nous pouvons nous identifier à notre véritable identité, immatérielle, invisible, mais aussi accéder à la compréhension des mystères de l’univers. Et finalement découvrir que le monde intérieur est plus vrai que le monde extérieur.
« Nous sommes tous des poussières d’étoiles ! Affirme Hubert Reeves.
Si l’envol d’Icare vers le soleil le conduit à l’échec, le mythe pourrait-il nous dire en filigrane que la vérité n’est pas à aller chercher dans le ciel mais bien à l’intérieur de nous, dans cette « poussière d’étoile » qui constituerait notre nature primordiale et contiendrait les informations, peut-être la vérité sur l’univers ?
Mais de même que Thésée tue le Minotaure, les Grecs ont tué Socrate !
L’être humain et le Minotaure.
Si Minotaure se nourrit d’êtres humains, cela peut être compris comme une métaphore qui nous enseigne que nos pulsions sont dévoratrices de notre propre humanité. Quand elles nous gouvernent, elles nous déshumanisent.
Le labyrinthe résulterait de l’excroissance de notre mental, notre néocortex qui a proliféré et fonctionné de travers en produisant un double emprisonnement.
– d’abord comme une gigantesque mécanique intérieure qui a créé notre égo ; une infinité de liens, de connexions entre nos pensées, nos émotions, nos expériences vécues, étouffant notre identité originelle, soit une prison interne symbolisée par l’apparence physique du Minotaure.
– puis une autre mécanique qui a construit à l’extérieur des milliards de structures concrètes, la civilisation, nous égarant de nous-même, soit une prison externe.
La pensée au lieu de refléter le réel (le réfléchir) pour le comprendre s’est mise à l’écraser.
Thésée, comme nous tous, montre à la fois son ignorance et son refus de soi-même.
Le Minotaure pourrait donc bien être aussi le symbole d’un « gardien du seuil » celui de notre identité emmurée : Astérios, l’étoile, notre conscience ?
Apprivoiser le Minotaure !
En Orient toutes les initiations passent par la rencontre du monstre qui ne doit jamais se traduire par un affrontement ou par un meurtre, mais par un apprivoisement. « Apprivoiser le tigre » c’est apprendre à connaître, à amadouer notre animalité pour nous humaniser. Réussir une mise à distance de nos pulsions mais aussi de notre mental et de la complexité de notre moi pour accéder à notre zone de sérénité, accoucher de notre propre lumière – que Platon désigne comme notre « diamant » intérieur – et réaliser notre métamorphose.
Le mystère de l’étoile ?
De très nombreux êtres humains témoignent de cette expérience de contact avec cette « étincelle » ou cet espace de lumière, spontanément ou grâce à la prière, le silence, la maîtrise du souffle, la danse (les Soufis), la méditation, etc.
– Certains au cours d’un événement particulier de leur vie ou d’une NDE, (expérience mort imminente), on la rencontre aussi dans les rêves : découverte d’une lumière exceptionnelle ou d’un « lotus hyper lumineux » accompagné d’un sentiment d’allégresse et de plénitude.
– Les religieux y voient l’image de Dieu à la ressemblance duquel ils auraient été créés.
– Les mystiques y rencontrent la présence de Dieu en eux-mêmes.
– Freud décrit ce « sentiment océanique » engendreur de plaisir qu’il nomme « Principe de Nirvâna ». Il l’interprète comme un « retour à un état antérieur, anorganique » où les tensions réduites à zéro, se mettraient « au service de la pulsion de mort ».
– Est-ce cet univers de conscience, de joie et de compassion qui produit l‘illumination du Bouddha ?
– Est-ce un état d’ataraxie, de « zénitude » dont parlent de nombreux Sages, les Stoïciens, Lao-Tseu etc.
– Serait-ce une reconnexion avec ce que nous étions avant de naître ? Mais cette hypothèse ouvrirait un champ métaphysique immense, car si nous existions avant de nous incarner, alors il s’agirait de notre âme (ou esprit) ? Et cette âme serait porteuse d’informations sur ce qu’elle a vu ou vécu avant de naître et donc Socrate aurait raison et Platon avec lui ? L’âme ou la conscience, (contrairement à ce qu’affirme le neurobiologiste J.P. Changeux dans son livre l’Homme Neuronal pour lequel la conscience n’est qu’un champ électromagnétique, résultat de l’activité des neurones), serait-elle extra-neuronale comme l’affirme J.J. Charbonnier médecin anesthésiste ?
– Correspond-elle à une fréquence vibratoire exceptionnelle, d’une intensité particulière, comme les neurosciences et la physique quantique pourraient nous l’enseigner ? Personne ne peut bien comprendre ! Mais dans le livre La Physique quantique pour les nuls, on arrive cependant à imaginer que, (de même que des stocks d’informations fabuleux sont contenus dans des « objets » microscopiques comme l’ADN par exemple), il existerait des « objets », encore bien plus minuscules, des particules infinitésimales, nommées « quanta », énergies vibratoires, (ou ce H. Reeves appelle « poussière d’étoile » ?) contenant des informations qui auraient des « effets » sur la matière elle-même. Est-il possible alors d’arriver à coïncider avec cette fréquence-là et d’y découvrir notre source et son potentiel ?
Le mythe indique la présence de cette « lumière » sans donner aucune information sur sa véritable nature.
Et moi, je ne sais pas !
C’est là qu’on peut voir à quel point le mythe fonctionne comme un rêve.
Le rêve offre un cliché du psychisme à un moment donné, le mythe un cliché de l’idéologie et du comportement d’une société à un moment donné : ici, le mythe montre ce que les Grecs voient et ce qui leur est caché ou ce qu’ils ne veulent pas voir. En bref le mythe souligne leur inconscience et leur refus de spiritualité.
Ainsi Minos a eu tort d’enfermer le Minotaure. Dédale a eu tort d’être son complice. Thésée a eu tort de le tuer. Fils de roi il est du côté de la force et du pouvoir, sa confrontation avec le Minotaure consiste à l’anéantir (en rêve, tuer quelqu’un signifie le nier, le faire disparaître de sa vie, l’annihiler). Cela ne lui permet pas d’évoluer, ni de transformer son égo. Il se conduit en petit prince fanfaron, immature, Ignorant, superficiel, égoïste, en festoyant sur le bateau il oublie de changer la voile noire en voile blanche, et cause le suicide de son père. Il deviendra roi et pourra manifester son égo tout-puissant et jouer à la guerre comme l’ont fait et le feront tous ses pairs.
Enfin Icare s’est trompé de direction en montant dans le ciel, se fuyant lui-même, au lieu de descendre à l’intérieur de lui-même (axe vertical).
Les grands sages et les mystiques affirment tous que la rencontre consciente avec le « Soi », notre identité première, notre nature originelle, est « Illumination ». En révélant que le « soi » est plus réel que les fausses identités et le monde extérieur, l’illumination désagrège le moi, toutes les constructions du mental et les fait apparaître comme irréels, illusoires, (la « maya » des bouddhistes). Par conséquent elle nous libère, immédiatement, de tous les labyrinthes.
Mais le mythe « révèle » beaucoup plus…
3. Bilan du mythe.
Résumons et analysons les caractéristiques des acteurs de cette histoire.
– Talos. Mort assassiné.
– Dédale tue son neveu. Désir de supériorité, de domination, de célébrité. Valeur de l’intelligence supérieure à celle de la vie. Intelligence dont l’apothéose est la réalisation d’une exemplaire structure d’emprisonnement qui le piège lui-même et dans laquelle il emmure son fils (en onirologie son enfant intérieur). Par son inconscience, il est responsable de la mort d’Icare. Il abandonne Naucraté. Il tue Minos.
– Icare, enfermé, mort, noyé.
– Minos. Désir de pouvoir (la royauté) Désir de possession et vol (du taureau blanc). Mensonge au dieu. La séquestration, (vol de la liberté d’autrui). La vengeance. Le désir de meurtre (de Dédale). La ruse (l’énigme).
– Poséidon : vengeance, manipulation de Pasiphaé. (Le dieu grec à l’image de l’homme grec.)
– Thésée. Il tue le Minotaure, méprise Ariane, son inconscience cause la mort de son père. Il deviendra un petit roi grec jouant à la guerre comme ses semblables.
– Le Minotaure, destitué de son identité première (Astérios), incarcéré, tué par Thésée.
– Le roi Égée, mort, suicidé.
– Echec de la relation de couple : Dédale quitte la mère d’Icare, Pasiphaé trompe Minos, Thésée abandonne Ariane.
– Échec de la relation père / fils : Dédale tue (involontairement) son fils, Thésée tue (involontairement) son père.
Ce sont aussi les défauts de notre civilisation.
Quels sont les bénéfices secondaires de toutes ces actions ?
Aucun si ce n’est la mort et la souffrance. Le bilan est tragique. Intelligence, ambition, pouvoir, possession, malentendu, mensonge, vengeance, inconscience, mépris de la vie : 5 morts. Dédale en tue 3, Thésée 2. Les hommes, les rois entre eux, père ou fils, sont du côté de la mort, de la violence agie ou subie. Supériorité en nombre et en action sur les femmes.
On est là dans un univers masculin hyper viril qui traduit l’idéologie grecque, puis occidentale et se caractérise par un déni du féminin. En effet le statut des femmes révèle leur impuissance et le peu de prix, voire le mépris qu’on leur concède.
– Naucraté, la mère d’Icare. Esclave. Privée de son fils. Abandonnée par Dédale.
– Pasiphaé, manipulée par Poséidon à cause des forfaits de son mari, donc involontairement adultère et zoophile, séparée de son fils Astérios. Elle apparaît comme une victime.
– Ariane, offre son amour et son aide à Thésée. Méprisée par lui.
On peut aller plus loin et apercevoir que même les symboles féminins sont négatifs.
La terre : – symbole de la terre-mère – puisque l’envol signifie aussi le refus de l’attraction par la mère.
La mer : peut être interprétée dans le mythe comme un maternel vorace qui récupère son enfant Icare en l’engloutissant.
Quel que soit son statut, reine ou esclave, mère ou fille, terre ou eau, la femme est ignorée, dépréciée, discréditée. Pourtant en filigramme on peut la percevoir comme étant du côté de la vie ; celles du mythe sont fécondes, mères d’Icare ou du Minotaure, et/ou aimantes, l’une d’un taureau blanc, l’autre de Thésée et Ariane offre une aide à trouver son chemin.
Quel est ce monde ?
C’est le nôtre. Les prolongements de cette idéologie sont visibles jusque dans notre monde contemporain. Aujourd’hui la planète est remplie de labyrinthes non centrés. Un mental dédaléen gigantesque en a pris possession et a produit un égarement de la civilisation et le risque de sa disparition par son inconscience et son mépris de la vie.
« Science sans conscience, dit bien Montaigne, n’est que ruine de l’âme »
* Le message d’alerte
À partir des échecs des protagonistes du mythe, on peut entendre un message d’alerte sur les dangers de la manière dont notre civilisation a géré son rapport au monde. Notre civilisation est en face d’un enjeu crucial.
Olivia Gazalé, dans son livre, Le Mythe de la virilité, explique qu’à la naissance de l’agriculture, la propriété privée s’est développée et le patriarcat s’est installé. Pour garantir une transmission fiable du patrimoine il a fallu contrôler la sexualité des femmes et peu à peu la notion de virilité s’est imposée. On le voit chez Homère, la force, la colère, l’agressivité, le combat, la stratégie, la guerre, la conquête, le triomphe, la domination… sont devenus des modèles du comportement masculin. Alexandre le Grand, Jules César… et tous les conquérants ont été honorés comme des dieux. Le culte de la virilité a effacé, méprisé, puis nié le monde des femmes. Notre civilisation en est le résultat.
4. Y a-t-il un message ?
La psychologie nous rappelle, comme l’affirment toutes les anciennes traditions de sagesse, à travers le Tao, la philosophie indienne, l’astrologie, les rêves etc., que chaque être, homme ou femme, possède à la fois des qualités masculines et féminines. L’hérédité, la société, l’éducation aident ou freinent (voire bloquent) le développement de ces deux énergies. Une société, (ou un individu) qui ne fonctionne que sur une seule de ces polarités est désaxée, déséquilibrée voire pathologique.
Jung les a nommées : Animus et Anima.
L’animus ou Yang est un éventail de comportements énergétiques : en premier le dynamisme, le mouvement, l’action ; foncer droit devant soi, défoncer, vouloir, entreprendre, décider, explorer, se battre contre l’adversaire, conquérir, gagner, prendre, exploiter, assiéger, commander, dominer…
L’expression de cette énergie est centrifuge, orientée vers le monde extérieur, le réel, le concret, le solide, le dur, le haut. Le mental est logique, rationnel, carré, il est doué pour la gestion de l’espace, il a des capacités d’organisation, de mise en forme ; charpenter, cadrer, limiter, architecturer l’univers. Il a la faculté de contenir les énergies, de les maîtriser. Il est constructeur. Il a aussi la faculté de faire exploser, de détruire, de tuer… Fermeture, sens de l’individualisme, du « moi ». Quand il parle, il fait des discours.
L’anima ou Yin est une énergie magnétique, réceptive, statique, conservatrice, d’ouverture à la Vie. Elle accueille la vie, l’entoure, la protège, la berce, la cultive, la nourrit, l’aime, élève l’enfant. Elle attire par le plaisir et la séduction. Elle est tournée vers le monde intérieur, le centre, l’intimité, le foyer. Elle est informelle, courbe, sinueuse, elle arrondit les angles, elle est fluide, sans limite, irrationnelle. Elle gère l’émotion, le sentiment, le lien, la douceur, l’imagination, le rêve, l’intuition, l’inconscient. Elle est nourrissante et féconde. Elle est dans la perception du temps – celui de l’enfance – la nostalgie du souvenir, la mémoire. Ouverture, sens du collectif, du « nous ». Quand elle parle, elle dialogue et « elle cause… elle cause ».
« Chaque être humain a en lui ces deux types d’énergies. Elles sont complémentaires.
– Si un homme n’a pas assez de Yin, il est sec, cassant, macho, tout-puissant, agressif, il ne peut pas être en relation avec sa créativité. Il est rigide et conformiste.
– Si une femme n’a pas assez de Yang elle est impuissante, trop passive, débordée par ses émotions, à la limite hystérique, ingérable et elle ne peut pas exprimer sa féminité.
Pour être harmonieux, « vivants », authentiques, séduisants, communicants … les hommes et les femmes peuvent équilibrer ou rééquilibrer leur double polarité, en activant celle qui leur fait défaut à l’aide de modèles positifs de leur choix. » T. Moir.
Il en est de même pour la civilisation.
En hypertrophiant la notion de virilité et en sacrifiant le féminin les hommes sont « tombés dans leur propre piège (…) dominés par leur domination » (O.Gazalé). L’évolution de la société occidentale en paie les conséquences : le désastre. Aujourd’hui cette excroissance gigantesque, labyrinthique et multiforme du mental humain et son pouvoir mortifère sont flagrants.
Une société qui privilégie le mental sur le sentiment, le mécanique sur le vivant, l’économique sur l’humain est mortelle.
Déjà en 1955 Lévi-Strauss écrivait : l’homme « apparaît lui-même comme une machine peut-être plus perfectionnée que les autres, travaillant à la désagrégation d’un ordre originel, et précipitant une matière puissamment organisée vers une inertie toujours plus grande et qui sera un jour définitive. Depuis qu’il a commencé à respirer et à se nourrir jusqu’à l’invention des engins atomiques et thermonucléaires, en passant par la découverte du feu – et sauf quand il se reproduit lui-même – l’homme n’a rien fait d’autre qu’allègrement dissocier des milliards de structures pour les réduire à un état où elles ne sont plus susceptibles d’intégration. Sans doute a-t-il construit des villes et cultivé des champs ; mais quand on y songe, ces objets sont eux-mêmes des machines destinées à produire de l’inertie à un rythme et dans une proportion infiniment plus élevés que la quantité d’organisation qu’ils impliquent. » Tristes Tropiques.
L’ingénierie, le savoir faire fabuleux de l’intelligence, s’est infiltré dans tous les domaines, dans le but de conquérir le monde, de profiter de toutes ses ressources, de gagner de l’argent, de dominer. La planète est saccagée. Le ciel est encombré de satellites et de débris métalliques. L’air, l’eau, la terre sont empoisonnés. Le nucléaire nous menace de son feu pollué. Des milliers d’espèces animales sont en train de disparaître. C’est la VIE en général qui est concernée, notre sang à tous, enfants et adultes, est contaminé par des métaux lourds. Le profit ne s’exerce pas seulement SUR la terre mais sur l’humain, les enfants, les vieux, les malades. Les crèches, les maisons de retraites, les hôpitaux sont tous gérés comme des entreprises à but lucratif.
Le transhumanisme est à notre porte. Déjà la gouvernance des algorithmes envahit tous les domaines.
Sous le couvert d’améliorer notre corps, (en remplaçant tous nos organes défectueux par des prothèses-robots) et nos capacités mentales, (en suppléant notre cerveau par des nanoparticules contenant l’IA, l’Intelligence Artificielle), les transhumanistes ont le projet de créer, grâce à la génétique, aux nanoparticules et à la biotechnologie, des hommes « augmentés », des « H+ », soit une nouvelle espèce humaine immortelle.
+ Si le transhumanisme permet aux sourds d’entendre, aux aveugles de voir, aux paralytiques de marcher, d’éradiquer la vieillesse etc., ce projet semble magnifique.
– Mais s’il s’agit de fusionner l’homme et l’ordinateur, Elon Musk, un transhumaniste célèbre, propose, grâce à des implants dans le cerveau humain, de créer un être dont le mental aura les capacités prodigieuses d’un ordinateur quantique, fonctionnant par algorithmes, sans conscience, finalement de produire un être déshumanisé plus proche du robot génial que de l’être humain.
Conséquences : disparition de l’humain, de la conscience et de la vie, remplacés par du mécanique intelligent.
S’il existe un jour des « H+ », que feront-ils des « H – » ? Risque d’eugénisme ? Ou bien les H – pourraient-ils alors être « pucés » électroniquement, dominés et manipulés par des robots + et comme des robots – ?
On est sur le point d’arriver à une gestion arrogante de la société et de la nature où l’Intelligence Artificielle et le profit sont privilégiés par rapport à la vie. Il est maintenant question de survie. La pandémie actuelle vient de montrer la fragilité de cette société à tous les niveaux.
Une partie de l’humanité est déjà consciente des dégâts, a-t-elle la capacité de réagir ?
Conclusion. Le message caché.
Si la question est comment sortir du labyrinthe ?
Pas certain que le « fil rouge » de Freud nous y aide en nous renvoyant à notre libido refoulée ?
Mais il semble y avoir deux réponses suggérées dans les pliures du texte :
- par la voie de l’intériorité
- par la réintégration du féminin.
Ce mythe en exposant des comportements humains et leurs échecs peut être interprété comme un avertissement sur le danger d’une telle idéologie pour l’évolution humaine. Message non entendu puisque c’est bien dans ce sens que notre civilisation a évolué : un monstrueux labyrinthe enserrant de son excroissance létale tous les domaines de notre existence, en nous et à l’extérieur de nous.
Le défi est magistral ; l’intelligence mécanique du mental contre l’intelligence prodigieuse, mystérieuse de la vie, la disparition de l’humain (anéantissement ou robotisation) ou l’invention d’une nouvelle société en harmonie partagée avec la nature
Le message « en creux » nous suggère la nécessité d’ouvrir les yeux, de prendre conscience, de protéger plutôt que de profiter, de vivre plutôt que d’exterminer, de nous libérer d’un système où la vie détrônée par les algorithmes et la technologie, devient un « monde immonde ». Et donc de guérir l’hypertrophie de notre cerveau rationnel et celle de notre pulsion de mort.
Il nous invite à réinjecter à la fois de la conscience dans l’humain, du féminin dans la civilisation (le respect, la protection, l’amour de la vie et du vivant) et à réconcilier le masculin et le féminin.
Le fil d’Ariane, est symbolique ici, en nous indiquant d’abord la voie de notre intériorité, puis celle de notre être véritable il nous ouvrirait à notre « étoile » cet espace de force, de joie et de liberté qui seul aurait le pouvoir d’anéantir le labyrinthe.
Il semble qu’un réel éveil de la conscience soit en train de se produire, en particulier chez les jeunes qui agissent sur toute la planète pour le respect et la protection de « Gaïa » (symbolisant à la fois la Terre-mère et la Vie) et par l’émergence de la volonté des femmes de participer, en égalité avec les hommes, à la gestion de la société.
Si nous arrivions à nous connecter à notre richesse intérieure, quelle qu’en soit la nature, nous serions des êtres « éveillés », conscients de la valeur sacrée des autres humains et de la VIE et nous pourrions nous réorienter dans une harmonie nouvelle et réenchanter le monde.
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Les axes.
Haut/bas
Envol/chute
Feu/eau
Horizontalité/verticalité
Lumière/ombre
Pensée/vie
Dedans/dehors
Entrer/sortir
Enfermer/libérer
Bibliographie sommaire.
Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Grimal
Encyclopédie des symboles, M. Casenave
Le nouveau dictionnaire des rêves, Tristan Moir
L’interprétation des rêves, Freud
Le mythe de la virilité, Olivia Gazalé, Robert Laffont.
Icare, la passion du soleil. Luc Bigé
Le pouvoir du moment présent. E. Tolle
Tristes Tropiques. Lévi-Strauss
La conscience intuitive extraneuronale. J.J. Charbonnier
La physique quantique pour les Nuls. Blandine Pluchet
Généalogie
Grèce

Crète
