Comment interpréter un rêve ?
Petite synthèse à partir des théories de Freud, Jung, Tristan Moir, A. Dufoumantelle….
Freud :
« Le rêve est un scénario d’images, couleurs, formes, sons, mots, chiffres…, non logique », produit pendant le sommeil.
» Le rêve est la voie royale de l’inconscient. »
Jung :
« Un rêve est une pièce dont le rêveur est à la fois la scène, l’acteur, le souffleur, le metteur en scène, l’auteur, le public et la critique ».
Le rêve, selon Freud, est un produit de notre inconscient, il dit bien que c’est un langage. Mais si « l’inconscient est un lieu non spatial, une instance psychique où sont refoulés quantités de souvenirs inaccessibles à la conscience » comme l’affirme Freud, comment ce lieu de stockage pourrait-il « parler » ? Le rêve est beaucoup plus qu’une manifestation de notre inconscient !
Le rêve est un message, un langage très exceptionnel, exprimé sous la forme de rébus, un jeu de l’esprit, très subtil, qui utilise toutes sortes de procédés linguistiques, des symboles, des images, des chiffres, des sons etc. et qui se nourrit de notre inconscient. La psychanalyste Anne Dufourmantelle parle de « l’intelligence du rêve ». Cela implique qu’il y ait, derrière le rêve, un ‘‘locuteur’’ doué d’une ‘’Intelligence’’ supérieure, mystérieuse, supraconsciente, au-delà du temps et de l’espace, qui s’adresse à l’identité d’un destinataire précis, unique dont elle sait TOUT.
Ce message nous donne une information sur un aspect présent de notre vie, positif ou négatif, dont nous sommes inconscients ou que nous ne voulons pas voir. Le rêve nous laisse, en effet, la liberté de le déchiffrer, de le comprendre ou pas ! (Il n’est jamais à interpréter au sens propre.) Il peut nous réconforter en nous montrant nos qualités réelles, nos réussites, nos atouts ou nous alerter sur des situations ou des comportements imprudents, nocifs qu’il est temps de modifier.
Il existe plusieurs niveaux de rêves :
– rêves physiologiques (en rapport avec un besoin physiologique d’uriner par exemple ou une indigestion)
– rêves poubelles (réalisent un désir non satisfait de la veille, sans symbole)
– rêves de désirs sexuels (Jung l’affirme aussi)
– rêves de compensation (en rapport avec un manque ou une frustration)
– rêves d’enfouissement, de stockage, d’intégration …
– rêves d’épuration, de nettoyage,
– cauchemars lié aux angoisses,
– rêves historiques (le rêveur se retrouve dans l’Antiquité, au Moyen-Âge, etc.
– rêves d’émergence, de bilan, de panorama de la vie.
– rêves lucides (le sujet est conscient et peut orienter son rêve)
– rêves anticipatoires = prémonitoires
– Grands rêves symboliques, initiatiques.
1. Comment est fabriqué un rêve ?
La mécanique du rêve d’après Freud c’est le « déplacement » et la « condensation« .
A – Le déplacement. Un personnage peut représenter une facette du sujet lui-même ou sa perception de X et / ou de Y. Par exemple un petit garçon signifie à la fois l’enfant intérieur du rêveur en rapport avec son passé, son propre fils, l’immaturité de son père, etc.
B – La condensation, c’est le compactage de plusieurs représentations en une seule, plusieurs strates de significations se superposent. Par exemple le serpent, selon le contexte, la taille, la couleur…. peut représenter à la fois le phallus, la libido, la présence d’un « dragueur », l’énergie vitale, la Kundalini, une puissance de guérison, voire l’entrée dans un processus initiatique … Une représentation (ou un symbole) a toujours plusieurs strates. L’interprétation dépend de la thématique, de l’orientation du rêve.
Il faut ajouter :
C- L’effet « Loupe » ou miroir grossissant ; focalisation, agrandissement, exagération. Le rêve zoome à fond sur une caractéristique particulière d’un sujet pour la grossir au maximum afin de la rendre évidente, plus visible.
D- Tout l’arsenal du langage symbolique au sens très large, les mythes, les religions etc.
– le décodage des symboles, personnels, collectifs, universels, archétypaux etc.
Le symbole est une image, un objet ou un son qui représente autre chose par analogie. Il est en général polysémique, il exprime les différentes énergies qui nous traversent et nous « travaillent ». Le rêve est bondé de symboles. L’analyse des symboles est à la fois sémantique (signification du symbole) et structurale (signification déterminée par les relations entre les symboles). Le symbole est toujours ambivalent. Il faut tenir compte du contexte exactement comme pour les mots dans une phrase. Par exemple des jumeaux jouant sur une pelouse au soleil symbolisent une dualité intérieure harmonisée positive alors que des jumeaux naissant dans un hôpital symbolisent une dualité intérieure à soigner.
Langage symbolique dans lequel on peut inclure toutes les figures de rhétorique. En voici 3 très fréquentes.
– la métaphore : fondée sur l’analogie, la ressemblance ; le lion pour le père…
– la métonymie : la cause pour l’effet (exemple « refroidir » pour dire « tuer), le contenant pour le contenu (boire un verre) ou la ville pour l’objet, un « Laguiole » pour un couteau.
– la synecdoque : la partie pour le tout, un vison pour le manteau, etc.
E- La linguistique – la langue = une grille linguistique qui comprend : l’écoute des modulations signifiantes de la voix lors de récit de son rêve par le rêveur et l’analyse du style – syntaxe, grammaire – de l’écriture de son rêve. Champ sémantique, construction des phrases, ambiguïté des mots, grammaire, style, ponctuation, mots de liaison ou absence de liaison, etc. …
F- La langue des oiseaux = donner un sens autre à des mots ou à une phrase, soit par un jeu de sonorités, soit par des jeux de mots (verlan, anagrammes, fragments de mots…), soit enfin par le recours à la symbolique des lettres. (Lacan insiste sur l’efficacité de cette grille d’interprétation.) Une aile = elle, un Inca = un cas, un escalator = est-ce qu’elle a tort, un perroquet = le père est ok, d’accord etc.
Ces grilles permettent de faire parler énergétiquement le rêve et nous offrent une double compréhension :
– celle du « comment » c’est à dire une explication de la construction, de la structure de notre moi, de ses fragilités, de ses parasitages, de ses pertes d’énergie … Cette compréhension permet une prise de distance du rêveur par rapport à lui-même, la possibilité de se libérer, de se reconstruire et d’élargir sa vie en en devenant l’acteur.
– celle du « pourquoi » c’est à dire de la finalité, de l’orientation, qui peuvent donner sens et lumière à notre vie et nous reconnecter à notre libre–arbitre.
2. Raconter ou écrire son rêve
Le rêve, vécu pendant notre sommeil, (= contenu latent) possède une force qui nous pousse à l’exprimer par le langage – ce peut être celui de l’art à travers les images ou le cinéma – le plus souvent nous formulons nos rêves à travers un code linguistique, nous le racontons par la parole ou l’écriture (= contenu manifeste).
C’est alors notre inconscient qui sous-tend et organise la forme de notre récit, notre style : le choix des mots, la ponctuation, le type de syntaxe (grammaire, sémantique), les lapsus linguae et calami (erreurs sur les mots en parole ou en écriture), les oublis etc.
Il convient de raconter (ou d’écrire) son rêve au présent comme si nous le revivions.
3. Comment interpréter un rêve ?
D’abord il faut savoir que
– le rêve est toujours plus riche et plus signifiant que l’interprétation qu’on peut en faire.
– l’interprète doit être au clair avec lui-même pour éviter de projeter ce qu’il est dans ses interprétations.
– le rêve exprime le monde intérieur du rêveur et la manière dont il est connecté au monde extérieur. Le monde extérieur étant en synchronicité avec le monde intérieur, il peut y avoir une double signification, donc une interprétation endogène et exogène.
– Quand le rêve apparaît, c’est que nous sommes prêts à régler nos problèmes. La conscientisation des difficultés permet de les résoudre.
Interpréter :
1. Décoder immédiatement la thématique du rêve à partir de :
– L’exposition = l’introduction. De quoi parle le rêve ? Qui, où, quand ………?
– La résolution = la conclusion. Quels conseils, quel chemin suivre, quel bilan…?
2. les symboles et archétypes.
3. les champs sémantiques (= les groupes de mots et de symboles qui appartiennent au même registre).
4. les occurrences = les répétitions
5. le ou les mots-clefs.
6. le repérage de ce qui peut être endogène / exogène …
7. Terminer par la verbalisation du potentiel positif contenu dans le rêve.
Ne pas donner de conseils, ne pas mettre d’étiquettes. Indiquer des possibilités d’ouvertures, de voies, de choix, d’actions.
4. Signes de l’interprétation « juste » :
La réaction « surprise » du rêveur qui découvre, souvent ébahi, une vérité évidente « Euréka » ! Dans laquelle il se reconnaît et à laquelle il adhère immédiatement.
Et surtout parfois l’éclat de RIRE qui exprime l’adhésion immédiate à une évidence simple et produit un effet cathartique (= libérateur, thérapeutique). Cette compréhension permet au rêveur d’évoluer.
Attention, une résistance peut signifier un blocage encore très fort. Dans ce cas il faut attendre un autre rêve …
5. De quoi nous parlent ces messages ?
(Ils semblent venir d’un « espace », non spatial et hors du temps, inaccessible à la conscience « normale » elle-même très réduite, équivalente à la partie émergée de l’iceberg, selon Freud).
* d’un Inconscient « infra-conscient » – comprenant les mémoires actives inconscientes du passé – qui nous parasite le plus souvent, nous fait régresser dans des comportements infantiles ou pulsionnels et nous tire dans le sens d’une involution.
– de notre passé personnel (correspondant à l’inconscient « lieu » du refoulement des souvenirs. Freud),
– de notre passé familial (transgénérationnel, héritage inconscient liée à la filiation. Freud)
– du passé collectif, au sens héritage de l’Histoire, du passé de la civilisation.
– du passé universel archaïque qui plonge dans notre animalité, nos « pulsions » Freud, le « Saurien » en nous, Jung.
– d’un passé « cosmique » : nous sommes constitués de « poussières d’étoiles » comme l’affirme H. Reeves, donc d’éléments de feu, de terre, d’air et d’eau qui apparaissent d’une manière significative dans nos rêves.
– de notre programme d’existence, originel et unique, sorte d’ADN psychique, (que Platon définirait par notre « essence » et que Spinoza nommerait en un terme plus dynamique, le « conatus« ).
- De l’ensemble des archétypes, sorte de « matrices » actives, engendrant des forces et des modèles universels affectés de valeur, « l’inconscient collectif » (celui qui a été repéré par Jung) : qualifiés par lui de « numineux », qui inclut les notions spirituelles d’âme, de sacré, de mystère… Jung a eu l’occasion de découvrir des rêves de paysans qui ne connaissaient strictement rien des enseignements ésotériques et qui montraient ce que Jung avait lu dans des textes ésotériques (en particulier au sujet des montées de « kundalini »). Du coup, Jung affirme que nos inconscients sont connectés entre eux et dans un passé très lointain comme si nous étions reliés par des nappes phréatiques.
- D’une mémoire absolue, sorte de banque immatérielle de données, de connaissances universelles, dont fait mention la philosophie des Sages hindous.
Le rêve reflète et articule tous ces « espaces ». Il est vraiment l’expression de cette intelligence omnisciente, supra-consciente, atemporelle qui a accès à tous les niveaux de notre psychisme ; de nombreux scientifiques assurent avoir découvert, par leurs rêves, des réponses à leur recherches. II nous offre la possibilité d’une progression et nous oriente vers la réalisation future de notre « Soi » – personnalité accomplie – dans le sens de notre évolution et de notre liberté.
D’où vient cette Intelligence ? Nous appartient-elle ? Pouvons-nous y avoir accès en dehors du rêve ?
Pourrait-elle être une manifestation de notre âme ? ?
Lorsque les informations accèdent à la conscience du rêveur elles sont recevables, assimilables par lui-même. Les conscientiser, c’est les sortir de l’ombre », de l’inconscient – lieu psychique où elles exercent leur pouvoir – donc leur ôter ce pouvoir. C’est en même temps accéder à une plus grande connaissance de nous-même, nous reconnecter avec nos racines et devenir qui nous sommes vraiment.
Si l’ignorance est le péché fondamental selon Bouddha, la réduire c’est augmenter notre autonomie, grandir, accroître notre liberté. Mais aussi exercer une influence libératoire sur notre entourage.
L’interprétation du rêve nous donne une nourriture, une force supplémentaire pour avancer, nous guider dans l’obscurité de notre vie.
Danielle Desbornes
Site : tristan-moir.fr ‘’Accueil’’ dans lequel on trouve 2000 interprétations de rêves … rubrique ‘’Ressources et audio / Rêves’’.