L’interprétation.1 est l’action de décoder le sens d’un message.
Elle met en relation les notions de signes et de sens, elle relève du langage.
L’interprétation. 2 est le résultat de ce décodage : un autre langage qui dévoile du sens.
L’interprète est l’être humain qui « révèle » le (ou un) sens.
La compréhension d’une parole – ou d’un texte – est déjà une traduction instantanée. Dans la communication courante nous sommes tous des interprètes.
Le niveau le plus courant est celui du traducteur. Ici, l’interprète est celui qui traduit un discours ou un texte d’une langue A dans une autre langue B, en direct lors d’une conférence par exemple, pour en dégager le sens, le rendre compréhensible pour ceux qui ne connaissent pas la langue A.
Un message d’abord est un ensemble de signes concrets, des objets, des mots, des formes … perceptibles par les sens, la vue, l’ouïe, le toucher… Les linguistes le nomment « signifiant« .
Le message peut être produit par un sujet, un « émetteur », qui exprime des besoins, des désirs, des intentions, des sentiments, des états d’âme, des ordres, des connaissances, en bref des informations qu’on appelle le « signifié » = le sens.
Le sens est cet élément immatériel, invisible qui circule à travers les signes, il peut être caché, crypté ou seulement pas très clair. (Les alchimistes par exemple codaient leurs messages en utilisant des symboles et la « langue des oiseaux » qui consiste à s’en tenir aux sonorités des mots plutôt qu’à leur sens commun : secrétaire (secret à taire), passage (pas sage), perroquet (le père est OK = d’accord) etc.)
Notre intelligence est avide de sens. Donner un sens au monde, à la vie nous aide à mieux vivre. Ce besoin pourrait-il être le reflet d’un sens qui lui préexisterait ? Ou une manifestation gratuite de notre conscience ? À défaut de tout comprendre, elle crée du sens.
Et de ce fait TOUT peut être considéré comme message à déchiffrer :
L’univers est interprété dans toutes ses dimensions. Cela suppose que l’existence du monde soit considérée elle-même comme une interface voilant une cohérence, voire une intention signifiante. Les shamans, les prophètes, les mystiques, certains artistes, les philosophes, les scientifiques, sont censés avoir un accès « direct » au « réel » et nous éclairer sur sa signification, son Sens ou sa structure, à travers leurs rites, récits mythologiques, rêves, textes sacrés, œuvres d’art, systèmes philosophiques et même équations scientifiques … Ce sont leurs interprétations du monde, dont la finalité est de nous en dévoiler la cohérence (pour la science) et le Sens de l’existence pour le philosophes, même s’il existe des « philosophies de l’absurde ».
Les mancies (chiromancie etc.) sont des techniques de divination qui utilisent n’importe quel objet, et il en existe des centaines, – lignes de la main, cailloux, marc de café, formes des nuages, vols des oiseaux… – pour deviner des réponses cachées des esprits ou des dieux sur le présent, le passé ou le futur.
Toutes les interprétations sont interprétables et interprétées.
Toutes ces interprétations au 1er degré sont elles-mêmes objets d’une infinité d’interprétations à travers les siècles ; les textes sacrés, les textes philosophiques…etc. Le sens auquel on parvient n’est donc jamais définitif : une autre interprétation est toujours possible. L’histoire des religions montre une succession de conflits dans les interprétations des textes…
Toutes les productions humaines sont interprétables…
Le passé, par les anthropologues, les historiens,
La société, par les sociologues
Les anciens textes sacrés, par les herméneuticiens. L’herméneutique est une technique très ancienne d’interprétation des textes sacrés et des contes.
Les gestes, les rites, les traditions… par les ethnologues,
Le langage animal par les éthologues,
Les rêves, par les onirologues,
Etc.
Les œuvres d’art, les films, les événements du présent trouvent des interprètes, des « critiques » partout, journalistes, « complotistes » à travers tous les medias et par chacun d’entre nous dans la vie relationnelle.
L’interprète.
L’interprète idéal : un don ou un savoir.
Dégager le sens de l’existence ou de l’univers impliquerait que l’interprète soit un intermédiaire directement connecté à la « réalité ultime » au-delà des apparences du monde phénoménal.
(Tirésias, un devin célèbre dans la mythologie grecque, figure parfaite de l’interprète : il a le savoir expérimental de la sexualité : il est le seul être humain à avoir été homme à part entière et femme à part entière. Mais son expérience relève bien du mythe).
L’interprète réel :
nous savons que toutes les informations que nous percevons du « réel » sont elles-mêmes codées par notre cerveau. Le 1er interprète ou déchiffreur c’est notre cerveau humain. Ce sont nos neurones qui traduisent, à leur façon, les informations que nous recevons du réel. Cela implique une discontinuité ontologique entre « sens » et « réalité ». Nous n’interprétons pas le « réel » mais seulement notre « perception » du réel. Et nous ne pouvons pas sortir de cet enfermement.
La complexité de la personnalité de l’interprète vient brouiller – fausser ou enrichir ? – la perception des messages et du « réel ». L’ego est bardé de filtres liés à son pays, son passé, son éducation, son âge, son sexe, ses jugements etc. Transparence impossible. On voit tout à travers ce qu’on est.
Les questions sans réponses.
Les notions de sens et de vérité sont au cœur de l’interprétation.
Le problème qui se pose immédiatement est de savoir d’où vient la signification que nous pensons trouver dans un message. Comment pouvons nous être sûrs de coïncider avec l’état d’esprit de l’émetteur du message, surtout quand il n’est plus vivant ou s’il vient vraiment de Dieu ? Le sens est-il inscrit dans le message ou vient-il de nous ? Existe-t-il un moyen de franchir la barrière de notre subjectivité ? L’interprétation est-elle un « art » dans le sens noble ? Cette technique peut-elle s’apprendre et se transmettre ?
Ou bien le « vrai » interprète aurait-il un sixième sens qui lui permettrait de pénétrer les arcanes secrets des messages humains ou divins ? Ses capacités relèvent-elles d’une faculté « extraordinaire », d’un don surnaturel ? Est-il un initié ? Un devin ? Un télépathe ?
Existe-t-il de vrais herméneutes dont « l’art » permettrait l’accès au dévoilement d’un sens et de faux interprètes abusés par leurs propres projections ?
Conclusion
On n’interprète pas un texte comme on résout une équation !
Ce caractère incertain de l’interprétation par rapport à la démonstration fait sa faiblesse ; mais elle fait aussi sa force dans sa créativité : si l’interprétation n’est pas une démonstration, cela signifie peut-être qu’elle va nous permettre de deviner ou d’intuitionner ce qui ne se démontre pas : l’affectivité, l’inconscient, les rêves…
D. DESBORNES 2026
| Sujet | Notions du programme |
| Percevoir, est-ce interpréter ? | La perception, l’interprétation, la vérité |
| L’historien peut-il être impartial ? | L’histoire, la vérité, l’interprétation |
| Les faits se prêtent-ils à une multiplicité d’interprétations ? | L’interprétation, la vérité |
| Une interprétation est-elle nécessairement subjective ? | L’interprétation, la vérité |
| La connaissance historique est-elle essentiellement interprétative ? | L’histoire, l’interprétation |
| Est-on totalement libre dans l’interprétation d’une œuvre d’art ? | L’art, l’interprétation |
| Toute interprétation est-elle subjective ? | L’interprétation, la vérité |
| Une interprétation peut-elle prétendre à la vérité ? | L’interprétation, la vérité |
| L’art est-il une interprétation du monde ? | L’art, l’interprétation |
| Toutes les interprétations se valent-elles ? | L’interprétation |
| Y a-t-il des interprétations vraies ? | L’interprétation, la vérité |
| Toute interprétation est-elle contestable ? | L’interprétation |
| Une théorie est-elle une interprétation du réel ? | L’interprétation, la vérité, la raison et le réel |
| Percevoir, est-ce seulement recevoir ? | La perception, la raison et le réel, l’interprétation |
| Les rêves ont-ils un sens ? | Le sujet, l’inconscient, l’interprétation |