OEDIPE

Œdipe       

D. Desbornes 2021 

LE MYTHE D’OEDIPE. 
En voici le récit : 

Laïos, et Jocaste, roi et reine de Thèbes (Grèce) vont consulter la PYTHIE à l’oracle de Delphes. Celle-ci leur annonce qu’ils vont avoir un fils, qui tuera son père et épousera sa mère. Le parricide et l’inceste sont deux crimes impardonnables en Grèce. Donc les parents, sitôt l’enfant né, ordonnent à un serviteur de l’emporter dans une forêt et de le tuer. Le serviteur ne tue pas l’enfant, mais le pend à une branche d’arbre à l’aide d’une courroie qui lui traverse le pied. Il est trouvé, sauvé et élevé par un berger, qui le nomme « Œdipe », en raison de son pied qui est resté enflé. (ode = enflé. Pes = pied). Il a donc deux pères : un père social et un père nourricier. Devenu jeune homme, il consulte le même oracle à Delphes. Il obtient la même réponse, qui lui paraît à lui aussi, insupportable.

(IL NE VEUT PAS de ce destin. IL DIT NON. Et il fuit vers la ville pour échapper à son destin. Mais il ne sait pas qu‘en disant NON, à son insu, il dit OUI et fonce tête baissée vers la réalisation de son destin). 

Il arrive à Thèbes qui vit une réelle tragédie. En effet, un monstre, le SPHINX (monstre, corps de lion, ailes et visage de femme, certains l’appellent « SPHINGE »), pose toujours la même question aux jeunes gens : « Qu’est-ce qui marche à quatre pattes le matin, à deux pattes à midi et à trois pattes le soir ? » Le sphinx dévore ceux qui ne trouvent pas la réponse et la ville est bientôt décimée de sa jeunesse. Œdipe, en état de crise, décide d’aller braver le sphinx. En route, il croise un homme qui refuse de lui laisser la « priorité ». Après une brève altercation, Œdipe tue cet homme qu’il ne connaît pas et qui justement est son père ! Il arrive près du monstre et répond facilement à ses questions : « C’est l’homme. Le matin, enfant, il marche à 4 pattes. A midi, adulte, il marche sur ses 2 jambes. Enfin, au soir de sa vie, vieillard, il a besoin d’une canne ». Dépité d’avoir perdu, le monstre se jette dans le précipice et se tue. La ville est enfin libérée. Œdipe rentre victorieux à Thèbes. 

Pour récompenser le héros, la reine lui propose de l’épouser. Sophocle lui fait dire « Puisses-tu O Œdipe ne jamais savoir qui tu es ! » (Donc, Jocaste sait !). Œdipe devient roi. Il a quatre enfants : deux fils Etéocle et Polynice et deux filles Antigone et Ismène, qui ont la particularité d’être en même temps ses frères et sœurs.

Des fléaux accablent alors la ville. Œdipe consulte le célèbre devin TIRESIAS.


TIRESIAS a un destin bien particulier. D’abord homme, il se marie et a des enfants. Un jour, voyant deux serpents accouplés, il les sépare avec un bâton. Il se retrouve subitement transformé en femme. Il vit alors pendant 7 ans une vraie vie de femme. Il se marie et a des enfants. Il se promène, voit à nouveau deux serpents accouplés et les sépare à nouveau avec un bâton. Il se retrouve vieillard

Il est le seul personnage de la mythologie grecque à avoir vécu de l’intérieur le statut masculin et le statut féminin. Donc il « sait » la nature de la différence sexuelle. 

C’est pourquoi, Zeus et Héra, qui se disputaient pour savoir qui de l’homme ou de la femme avait le plus de plaisir dans l’acte sexuel, trouvent en lui l’interlocuteur idéal. A leur question, il répond : « Si le plaisir est 10, l’homme a 1, la femme 9. » Héra, furieuse que son secret soit dévoilé, le rend aveugle. Zeus, pour atténuer la punition de sa femme, lui donne le don de voyance. AVEUGLE / VOYANT. Il ne voit plus les objets matériels dans l’espace, mais il voit à travers l’esprit et à travers le temps.


C’est donc Tirésias que choisit Œdipe pour lui expliquer la raison de ces désastres. Quelqu’un a dû commettre une très grave faute dans son royaume. Il veut savoir qui et quelle faute, pour le punir, l’exiler et délivrer son royaume des calamités qui le ruinent. Lors de leurs entretiens, à plusieurs reprises, Tirésias tente de lui faire comprendre qu’il est lui-même le coupable qu’il cherche, en lui racontant avec précision les détails de sa propre vie, celle d’Œdipe bien entendu et qu’Œdipe devrait reconnaître immédiatement. Mais Œdipe ne comprend RIEN, absolument rien. Comme tout névrosé, il est aveugle en ce qui le concerne. Il n’entend pas qu’il est question de lui. Finalement, il menace Tirésias de le tuer s’il ne lui donne pas le nom du coupable. Alors Tirésias, à regret, lui dit : « C’est toi « . Désespéré, Œdipe se crève les yeux, traduisant son impossibilité et son refus de voir sa propre vérité, se recouvre de cendres (rituel funéraire) et s’exile lui-même. Lorsque Jocaste, (sa mère et sa femme), apprend la nouvelle, elle se pend. Antigone, sa fille, décide d’accompagner son père dans son exil. Le roi parti et la reine morte, Créon, le frère de la reine, prend le pouvoir et décide de régner avec chaque frère en alternance. Il commence par partager le pouvoir avec Etéocle. Mais Polynice fomente une rébellion et au cours d’un combat, les deux frères s’entre-tuent. Créon organise des funérailles officielles pour Etéocle et ordonne de jeter aux vautours le corps de Polynice le rebelle, avec interdiction de lui donner une sépulture, sous peine d’être enterré vivant. C’est à ce moment qu’Antigone revient à Thèbes, après la mort de son père, bravant l’interdit de son oncle et les gardes qu’il a fait placer, elle va « enterrer » Polynice, (le rituel grec demande que l’on jette seulement une poignée de terre sur le cadavre). Au moment où Antigone accomplit ce geste les gardes l’arrêtent et l’enterrent vivante. Quant à Ismène, elle est assassinée en se rendant à un rendez-vous amoureux avec un ami de son frère, par un ami de son autre frère (ils étaient ennemis).

1 – Le COMPLEXE D’ŒDIPE.
Dans la tragédie d’Œdipe, Freud voit un modèle parfait de l’attirance que vit normalement tout enfant pour le parent de sexe opposé et de son agressivité à l’encontre du parent de même sexe. Si c’est l’inverse, alors on parle « d’Œdipe inversé ». 

Lire Œdipe Roi et Œdipe à Colone de SOPHOCLE. 

Freud donne à ce mythe une importance capitale en psychanalyse. Il affirme qu’elle est l’histoire symbolique cachée de chacun d’entre nous et que c’est la raison pour laquelle elle nous touche si fort. (Pour les femmes le schéma est inversé et plus compliqué.)
Il faut donc lire ce texte à deux niveaux : 
au niveau 1 : littéral et au niveau 2 : psychanalytique.


Au niveau 2, Œdipe représente le névrosé, ses enfants sont ses énergies, son royaume est son moi. Les fléaux sont ses symptômes, ses actes manqués, ses échecs. Ses deux pères représentent les deux aspects différents de son père : 

1) le père social, le roi de Thèbes et le mari de sa mère, 

2) le père nourricier; le berger qui l’a élevé. Son aveuglement représente la cécité psychique propre à tous les névrosés. 

Tirésias, le psychanalyste idéal puisqu’il « sait » de l’intérieur ce que sont la sexualité masculine et la sexualité féminine, alors que jamais un sexe ne peut connaître le vécu réel de l’autre sexe.

2 – LE COMPLEXE DE CASTRATION.

1 – Chez l’homme.


Freud affirme que les hommes ont tous peur de la castration (acte de couper le sexe masculin) à cause d’une menace paternelle liée à une culpabilité inconsciente  (celle d’avoir eu envie de « tuer » le père) et qu’ils expliquent la différence des sexes par un retranchement du pénis chez la fille. Donc, voir un sexe de femme les renvoie à une terreur sourde, celle d’une castration possible puisque réellement constatée. Ce fantasme serait commun à tous les hommes. Du coup, cette peur constante conduit les hommes à se construire des systèmes de défense et une personnalité qui protège leur virilité à travers le pouvoir.


2 – Chez la femme
Freud affirme que les femmes perçoivent l’absence de pénis comme un préjudice qu’elles cherchent à nier ou à compenser ou à réparer, à travers toutes sortes de prises de pouvoir, en particulier sur leurs maris et surtout sur leurs fils. C’est le thème de la « mère phallique » ou de la « mère castratrice« .
C’est peut-être la raison qui explique la réponse de Freud à une femme qui lui demandait comment bien éduquer son fils :

   » Madame, quoique vous fassiez, ce sera mal. »

Différentes interprétations possibles : 

1. Les femmes sont incapables d’élever leurs fils, d’en faire de vrais hommes.

2. Si on élève un enfant en respectant ses désirs et son individualité, il sera mal adapté aux règles de la société.

3. Si on élève un enfant selon les règles strictes de la société, en le formatant, il sera névrosé et ne sera pas heureux.