PROMETHEE

Le mythe de Prométhée.                    D. Desbornes revu 2022

Les anciens Grecs ont imaginé ce que les hommes pouvaient devenir à cause ou grâce à la science et à la technique, c’est ce qu’on appelle l’aventure prométhéenne. Ce mythe nous met en garde contre de graves dangers liés à l’utilisation de la science et de la technique. Mais il se termine d’une manière très optimiste

Généalogie :

Japet est un titan, fils d’Ouranos et de Gaia, (= du ciel-esprit et de la terre-matière). Chronos est son frère. 

Prométhée est le fils de Japet, un titan, et d’Asia (fille d’Océan), donc le petit-fils d’Ouranos et de Gaia. Zeus est le fils de Chronos, donc son cousin.

Prométhée est le « prévoyant » (il possédait des dons de devin) : il connaît tout d’avance, il a tout prévu, contrairement à son frère, Épiméthée, « le maladroit », qui ne comprend qu’après. Dans un des mythes de la souveraineté, la puissance de Zeus est tenue en échec par le savoir de Prométhée qui en sait plus que tout dieu ou tout homme mortel. Par sa nature titanique, Prométhée est aussi associé très étroitement aux origines de l’homme et de l’humanité. 

Prométhée passe pour avoir créé les premiers hommes, en les façonnant avec de la terre glaise. En Grèce, la condition humaine se définit à travers deux conflits qui opposent Prométhée à Zeus: la ruse du bœuf et le rapt du feu. 

La ruse du bœuf :

Prométhée imagine un partage frauduleux de la viande d’un bœuf. Zeus est furieux et il  interdit aux hommes de faire usage du feu pour cuire les viandes et se nourrir. 

Le rapt du feu :

C’est alors que Prométhée s’en va voler le feu de Zeus « il déroba des semences de feu à la roue du soleil » et les apporta à l’humanité cachées dans une tige de férule. Une autre tradition veut qu’il ait dérobé ce feu à la forge d’Héphaïstos » (= aux enfers), pour en faire cadeau à l’humanité. 

🡺 Double punition de Zeus pour les hommes, et pour Prométhée.

1.  En échange de quoi Zeus, à son tour, envoie aux hommes un piège redoutable, auquel nul ne réussit à échapper. C’est la femme, la première, car dans l’âge d’or tout se passe entre hommes. Pandora (= Pandore) est un « beau mal », dit Hésiode. Les hommes la reçoivent avec joie, mais pour leur malheur. Car cette femme, désirable et séduisante, est curieuse. Elle n’a rien de plus pressé, une fois arrivée à destination, que de soulever le couvercle de la jarre où étaient enfermés les maux et les maladies. Depuis lors, les hommes sont condamnés à la vieillesse et à la mort et à tous les maux de la vie.

2.  Prométhée est, quant à lui, enchaîné par des liens d’acier, sur le Caucase. Un aigle lui dévore le foie qui renaît sans cesse. C’est un supplice.

 Héraclès, ( = Hercule, celui des 12 travaux), lorsqu’il passa dans la région du Caucase, perça d’une flèche l’aigle de Prométhée et délivra celui-ci. Zeus ne protesta pas (Héraclès était son fils), mais, il enjoignit à Prométhée de porter une bague faite avec l’acier de ses chaînes et un morceau du rocher sur lequel il était attaché.

° C’est à ce moment que le centaure Chiron, (d’où vient le mot « chirurgien », mais ici, guérisseur inguérissable), blessé par une flèche d’Héraclès, et souffrant sans répit, désira mourir. Comme il était immortel, il dut trouver un mortel qui accepterait son immortalité. Prométhée accepta de lui rendre ce service et devint immortel à sa place, donc un dieu.

« Pour l’époque classique, Prométhée n’est pas un médiateur malheureux: il est celui qui par l’apport du feu et l’invention des différentes techniques a détourné les hommes de la bestialité et les a arrachés à la vie sauvage. Ce héros culturel, que la cité a mis au centre de sa vision progressiste, est la cible des sectateurs du cynisme, des contestataires qui le tiennent pour responsable de l’abandon de l’état de sauvagerie. Les cyniques sont antiprométhéens, ils protestent contre l’invention du feu, Ils prônent le manger cru et la vie simple des premiers hommes qui buvaient l’eau des sources et se nourrissaient de glands ramassés et de plantes cueillies. 

Refuser Prométhée, c’est entreprendre de déconstruire une société et une civilisation dont le Porte-Feu a été le symbole et le héros ». (Cf. P.Diel Le symbolisme de la mythologie grecque)

Interprétation 

Le feu est le symbole de ce qui éclaire le monde : la science qui le rend intelligible et de ce qui permet de le transformer (la cuisson des aliments par exemple) : la technique.

Ce mythe nous montre que la science et la technique peuvent être bénéfiques (feu du ciel) ou maléfiques (feu de l’enfer).

1. Dans un premier temps l’aventure prométhéenne est tragique et douloureuse. L’homme attaché à la matière (enchaîné au rocher) et dévoré par sa volonté de puissance (aigle qui dévore le foie), perd sa liberté. Il est pris à son propre piège. 

2. Hercule est celui qui à travers ses 12 travaux a accompli un cycle complet de maturité (les 12 travaux symbolisent le passage à travers les 12 signes du zodiaque), il a développé toutes ses facultés. Il représente une humanité qui ayant atteint le stade adulte renonce à sa volonté de puissance (Hercule tue l’aigle, symbole de toute puissance) et à son matérialisme (Prométhée est détaché du rocher).

3. Prométhée rencontre Chiron qui lui offre son immortalité. L’histoire se termine merveilleusement bien et nous laisse tous les espoirs concernant le progrès technique

La science et la technique feront-elles de nous un jour des dieux !