Socrate

SOCRATE         V° av J-C Philosophe    Grèce

Naissance de la PHILOSOPHIE, quête de la SAGESSE.

(En Orient, en Inde, Bouddha a déjà divulgué sa philosophie.)

Socrate n’a rien écrit. On ne le connaît que par les témoignages de ses disciples, parmi lesquels Platon, et de ses contemporains. Né en Grèce en – 470, mort empoisonné en – 399, à 71 ans, il est le modèle du SAGE, en Occident.

Le Sage est celui qui « sait » et qui vit en conformité avec son savoir.

 1.     SA VIE :

Homme étrange, original, passionnant, passionné, fascinant, non-conformiste, ses origines sont modestes. Il est le fils d’un tailleur de pierres et d’une sage-femme (Phénarète). Laid, robuste, le nez camus, vêtu d’un manteau grossier été comme hiver, pieds nus, sale (il se lave rarement), il s’abstient de manger de la viande et de boire du vin. Il est marié à Xhantippe, qui lui fait des scènes de ménage constamment. On ne sait pas grand chose de son passé ni de sa formation intellectuelle. Il a participé à la guerre, il est au courant de toutes les connaissances de son époque, littéraires, scientifiques et philosophiques, il a reçu des enseignements initiatiques. Il a déjà 60 ans quand Platon le rencontre. Ses disciples le décrivent comme bouffon et sérieux, doux et violent, courageux et tempérant, libre penseur, ascète et banqueteur, aristocrate et démocrate, sophiste et anti-sophiste, terre à terre et idéaliste, conformiste et anticonformiste, en bref, comme un homme ambivalent, énigmatique et impossible à classer dans une catégorie définie. A 71 ans, il est condamné à mort par le tribunal d’Athènes.

2.   SA PENSEE : elle peut être résumée en trois préceptes : 

1) « Connais-toi ».  

2) « Nul n’est méchant volontairement »  

3) « Je sais que je ne sais rien« .

Il affirme avoir consulté l’oracle de Delphes, comme tous les gens de son époque. La Pythie (prêtresse de Jupiter) lui aurait dit :

 « Connais-toi ».

Toute sa démarche philosophie part de là. Il a dû commencer une longue quête intérieure, probablement guidé par des maîtres et subir une « initiation » (une discipline secrète pour accéder à la connaissance). Si l’on analyse seulement l’expression JE  ME  CONNAIS,  il apparaît clairement qu’il existe un clivage entre le « JE » qui connaît, et le « MOI » qui est l’objet de la connaissance. Le problème est de savoir distinguer ce qui en moi est vraiment moi, ce qui relève de mon ESSENCE, de ce qui est « accessoire », c’est-à-dire de  caractéristiques qui m’appartiennent, comme ma coiffure, ma taille etc. et que je pourrais changer sans altérer mon être profond, bref de ce qu’on appelle l’APPARENCE.

 Pour Socrate nous sommes tous doubles : nous sommes composés d’un corps, matériel, visible et périssable, qui appartient au monde du « paraître », et d’un ESPRIT, invisible et immortel (les traducteurs emploient indifféremment les termes âme ou esprit), qui appartient au monde de « l’essence ». Mais nous ne le savons pas, parce que tournés constamment vers le monde extérieur, nous ne le voyons pas du tout. Pour nous reconduire vers notre monde intérieur, Socrate invente une méthode qu’il appelle la MAÏEUTIQUE. La maïeutique est une technique d’accouchement. Mais Socrate l’adapte à son projet : accoucher les hommes de la vérité qu’ils portent en eux sans le savoir.

1) Comment ?   2) De quelle vérité s’agit-il ?    3) Comment pouvons-nous « porter » en nous quelque chose que nous ignorerions ? 

La MAÏEUTIQUE est un DIALOGUE particulier (on le nomme aussi DIALECTIQUE), durant lequel Socrate pose à son disciple des questions apparemment naïves, enjouées, mais en réalité très rusées, on appelle cela l’IRONIE, visant à faire prendre conscience à  son interlocuteur de ses fausses opinions, de ses préjugés, puis il le TORPILLE (Socrate se comparait à un poisson TORPILLE) jusque dans ses certitudes les plus inébranlables, en les lui faisant briser par lui-même, pour le contraindre à entrer au plus profond de son être, dans une région où il ne pénètre jamais, et pouvoir enfin coïncider avec son essence réelle, son ESPRIT. Instant capital, car, en même temps, le sujet découvre qu’il EST cet esprit, mais aussi il accède à tout un monde de souvenirs qui lui étaient absolument inconnus et qui sont gravés en lui c’est la REMINISCENCE. Il se souvient alors qu’il a vécu, voyagé dans d’autres mondes avant de s’incarner dans celui-ci, et par conséquent il acquiert non seulement la certitude qu’il est IMMORTEL, mais encore la connaissance de tout ce qui existe au-delà de notre univers visible, donc de l’univers « intelligible » (= METAPHYSIQUE). C’est la raison pour laquelle SOCRATE dit qu’il n’a RIEN A ENSEIGNER ! IL suffit de montrer le chemin, et surtout que le disciple veuille bien le suivre. D’une certaine manière, théoriquement, nous sommes tous égaux puisque nous sommes tous détenteurs de la vérité, il y a un aspect très démocratique dans la pensée socratique. Mais en réalité, nous n’avons pas tous le même rapport à la vérité, cela dépend de notre volonté, mais aussi peut-être de notre chance de rencontrer un bon guide.  

 » NUL N’EST MECHANT VOLONTAIREMENT »

Socrate a vécu sous le régime tyrannique de Critias. Il sait que le mal existe. Etre « méchant », c’est produire le mal, c’est-à-dire la souffrance : tuer, torturer, réduire en esclavage, trahir…

Socrate pense que ceux qui font le mal, cherchent avant tout ce qu’ils croient être leur intérêt immédiat : pouvoir, richesse, plaisirs, satisfactions de tous ordres. , mais comme ils ignorent absolument leur nature spirituelle,  ce qu’est le BIEN et les conséquences de leurs actions  (La corruption entraîne une grave détérioration de l’esprit, et des souffrances en boomerang proportionnelles à celles que l’on a fait subir, et en même temps beaucoup plus intenses. cf. le Mythe d’ER). Lorsque quelqu’un commet le mal, il croit qu’il en est le bénéficiaire, il ne sait pas qu’il se fait nécessairement du mal à lui-même, et il ignore même la nature de la souffrance qu’il se crée pour plus tard. La mission du philosophe est donc d’une importance extrême, puisqu’en instruisant les hommes sur leur propre nature, il les dissuaderait de commettre le mal. La  philosophie serait ainsi le meilleur remède pour éradiquer (= enlever avec les racines) le mal dans le monde. Si les hommes savaient qui ils sont, le mal disparaîtrait. Socrate assigne à la philosophie la finalité de rendre l’homme meilleur.

« JE SAIS QUE JE NE SAIS RIEN. »

Attention, « rien »vient de  res en latin et signifie  « peu de chose ». Le deuxième message que la Pythie aurait donné, non pas à Socrate, mais à l’un de ses amis, Chéréphon concernait sa « sagesse ». Elle aurait dit :  « Personne n’est plus sage que Socrate ». Socrate est conscient de savoir quelque chose, mais il sait que ce qu’il sait est infiniment limité par rapport à tout ce qu’il aimerait, ou pourrait savoir. Le fait d’être incarné dans un corps réduit presque à néant la possibilité de connaissance de l’esprit. Il comprend alors que c’est justement dans la conscience des limites de son savoir que réside sa sagesse.

Il faut donc distinguer deux types d’hommes :

  1. Les PHILODOXES. (philo=aimer / doxa=l’opinion)  Ceux qui vivant dans les apparences et les illusions s’attachent à ces préjugés comme si c’étaient des vérités absolues. Ceux qui détiennent quelques connaissances dans un domaine particulier et croient tout savoir, ils sont des DOGMATIQUES. Ils ne relativisent rien. Ils n’ont aucune idée du caractère partiel et partial de leurs connaissances. Ce sont des IGNORANTS QUI S’IGNORENT. La véritable IGNORANCE est celle qui n’est pas consciente d’elle-même, l’ignorance qui s’ignore ou encore, l’ignorance à la puissance 2. 
  1. Les PHILOSOPHES. (philo = aimer  / sophia = sagesse)  ou les SAGES. Ceux-là « pratiquent » une ignorance savante, c’est-à-dire consciente d’elle-même. 

3   PROCÈS ET MORT DE SOCRATE          (lire Le Phédon. de Platon)

a. Procès

Socrate a été condamné par le tribunal « démocratique » d’Athènes (201 voix contre 200 !) à boire la ciguë (poison mortel). On lui reprochait 2 crimes :  1) son impiété    2) la corruption de la jeunesse. 

-1) son impiété : oui, il ne croit pas aux dieux de la cités, qui sont fabriqués à la ressemblance des humains avec tous leurs défauts. Non, il a le sens du sacré et croit en l’existence du divin. (voir Allégorie de la Caverne).

2) corruption de la jeunesse ? : serait-il homosexuel et aurait-il entraînerait-il les jeunes dans ce « vice »  ?

   * Non : d’abord, en Grèce à cette époque l’homosexualité n’est pas un vice, c’est une coutume, tous les hommes la pratiquent (Aristote qui aime les femmes, est ridiculisé). Socrate ne l’est pas ou en tout cas ne l’est plus ! Il est l’inventeur de l’amour platonique, c’est-à-dire purement spirituel, sans relation physique.

    * Oui : en conduisant les jeunes à se retourner, se recueillir sur leur monde intérieur, il les détourne de toutes les responsabilités familiales, sociales, économiques, politiques et du culte des dieux de la cité.

b. Mort.

    On lui propose de s’évader, il ‘refuse, il ne prône pas la désobéissance aux lois de la cité. Non-conformiste, il n’est cependant pas révolutionnaire. Il boit la coupe de ciguë calmement, simplement, renvoie ceux qui pleurent, discute avec ses proches de l’immortalité de l’esprit, jusqu’à ce qu’il sente les effets du poison et la proximité de sa mort. C’est alors qu’il dit à Criton et ce sont ses dernières paroles :  » VA SACRIFIER UN COQ BLANC A ESCULAPE « 

Est-ce une dernière concession à la piété commune ?  Est-ce un dernier message codé, un trait d’humour ? Esculape est le dieu de la médecine. On lui offre un sacrifice en général pour le remercier d’une guérison. De quoi Socrate est-il guéri ?  Sinon de son corps qu’il considérait comme une prison et la « maladie de l’âme ». Le coq est un symbole universel. Il est l’animal qui chante à l’aube pour annoncer l’arrivée du soleil, le règne de la lumière sur les ténèbres. La blancheur est en fait la totalité et la fusion de toutes les couleurs. 

Tel est peut-être le dernier clin d’œil de Socrate ?