Jung

JUNG      XX° Psychiatre-psychanalyste        Suisse

Jung  est d’accord avec Freud sur : 
la théorie de l’inconscient, son fonctionnement, ses manifestations, l’importance de la réminiscence, le complexe d’Œdipe…..

– Jung est en désaccord avec Freud  sur :


1. La conception de l’être humain.
Alors que Freud réduit l’être humain à son ego et à sa sexualité, Jung l’aborde dans sa multidimensionnalité, sa totalité ; sa relation à l’univers et au surnaturel. Freud fonde tout le fonctionnement du psychisme exclusivement sur la sexualité. Jung pense que nous sommes reliés à une énergie beaucoup plus vaste, cosmique, qui dépasse et englobe, à titre de composante, la sexualité. Cf. ce que les Orientaux nomme « Kundalini« .

2. La nature de l’inconscient. 
Freud explore un inconscient personnel constitué par le refoulement, Jung s’intéresse à un inconscient collectif, universel, beaucoup plus vaste, à la fois infra et supra-conscient (dont le refoulement freudien ne constitue qu’une strate). La strate la plus essentielle, est reliée aux archétypes universels et atemporels. Notre inconscient contient, a priori, des constellations de noyaux énergétiques et structurants.

3. La finalité de l’analyse.
La finalité de l’analyse pour Freud est l’acquisition de la normalité. Pour Jung elle vise le dépassement de l’ego dans le processus d’individuation. 
                                                         


Théorie de Jung

Jung n’a pas proposé de « topique » du psychisme. Il n’a pas théorisé son travail. Ses découvertes psychanalytiques sont dispersées dans ses différents ouvrages. En revanche pour la psychologie, il a proposé un classement typologique fondé sur une combinatoire de caractères : Extraversion, Introversion, Pensée, Intuition, Sentiment, Sensation.

I. L’inconscient est un réservoir d’ARCHÉTYPES

Les ARCHETYPES sont définis par Jung comme des sortes d’engrammes, des moules,  des patterns, des schèmes dynamiques, formés « d’images-formes-affects » – qui font penser aux « Idées » platoniciennes – contribuant à exprimer d’une manière structurée et qualitative  les différentes énergies qui nous habitent. Ils sont universels. Ils servent à fabriquer, à donner « corps » aux symboles et à toutes les images que nous trouvons dans les rêves, les mythes, les fantasmes, les œuvres d’art, les religions.


Voici quelques exemples d’archétypes repérés par Jung : Le double,  l’ombre,  le père,  la mère,  la grande mère,  l’eau,  le feu,  le soleil,  le serpent,   l’enfant éternel,  l’imago dei, (image de Dieu), le diable, le dragon, la caverne, le labyrinthe, le passeur,  l’archange, etc.   Lire L’Homme et ses Symboles. Jung. 


Deux archétypes sont particulièrement essentiels dans notre construction psychique, le masculin et le féminin : l’animus et l’anima. 


L’animus est l’archétype de la virilité, il est la personnification des composantes viriles inconscientes chez la femme. (Yang ou énergie émettrice, action, volonté, extériorisation, rationalité, structure…)


L’anima est la personnification des composantes féminines inconscientes (Ying ou énergie réceptrice, statique, intuition, intériorité, imagination, fluidité…)  chez l’homme et définit son type de femme, en se combinant avec les éléments de son histoire personnelle et ceux du type de société dans laquelle il vit. 
Nous ne pouvons pas voir ou nous représenter directement un archétype parce qu’il n’est pas conscient, mais nous pouvons le reconnaître au travers de ce qu’il produit de commun dans tous les symboles ou images de la virilité et de la féminité. Pourtant, les images de l’homme et de  la femme ont infiniment varié à travers les âges et les civilisations, on le voit bien dans les représentations artistiques… L’animus et l’anima sont leurs « plus petits dénominateurs communs », la « forge » centrale d’où émergent toutes les constellations d’images et de symboles.

 
Ces archétypes sont très importants, car ils sont les vecteurs dynamiques qui nous font entrer dans des rapports privilégiés avec des êtres particuliers ou des situations particulières. Par exemple un homme ne se sent attiré que par des femmes qui correspondent à son type de femme, c’est-à-dire à son archétype anima. C’est pareil pour la femme, elle choisit un homme en fonction de son animus (son archétype de la virilité). Les archétypes orientent et organisent nos productions et nos rencontres avec le monde et les autres. 
Il semble que Jung ait eu une conception spiritualiste d’un inconscient nouménal (qui existe en soi), mais il reste très silencieux sur l’origine de ces archétypes et sur leur statut ontologique. Sont-ils les reflets de l’univers réel, c’est-à-dire  d’existences réelles à l’extérieur de nous et fonctionnent-ils comme des « ponts », nous reliant avec elles ?  Ou bien sont-ils des formes « transcendantales », c’est à dire liées à la structure du psychisme, sans signifier rien d’autre que lui-même ? Jung est resté dans la sphère de la psychologie. Officieusement il a exprimé sa foi en une transcendance, mais il n’a pas officiellement pris de position métaphysique.

2.  Le rêve est un MESSAGE envoyé au rêveur.

 
Jung n’est pas d’accord avec la démarche réductrice de Freud qui ne voit dans les rêves que des signes de symptômes et les expressions des désirs sexuels cachés.
Pour Jung, il y a des rêves personnels qui expriment ces désirs et de grands rêves symboliques universels. Il y a des rêves anticipatoires et des rêves compensateurs. Par exemple un rêve de toute puissance prévient le rêveur qu’il est en train de subir trop passivement une situation infantile. Le rêve peut exprimer des conflits ou des désirs, mais il signifie toujours plus, il est constructif et oriente le rêveur vers un sens.
En effet selon Jung, l’inconscient trie et réorganise les images et symboles d’une manière infiniment  plus intelligente et perspicace que l’intelligence consciente. Il envoie au rêveur des informations utiles pour son équilibre psychique, son développement et son évolution future, bref sur la manière la plus adéquate de conduire sa vie. Les rêves, si l’on sait les décrypter, contiennent tous des messages qui permettent de faire le point sur la situation présente, de se réorienter, de construire le mieux possible sa personnalité donc de progresser. L’inconscient se comporte comme un grand sage caché en nous et plein d’humour. Le rêve traduit une énergie intérieure qui reprogramme les informations qu’elle reçoit.
L’interprétation jungienne du rêve ne nécessite pas les associations personnelles du rêveur mais  bien plutôt la connaissance et l’utilisation des symboles, des archétypes, des matériaux historiques qui s’y rapportent. Cette opération est appelée « amplification ».

3.  « L’individuation » ou la rencontre avec le « SOI » 
Loin d’attribuer comme seule finalité de la cure analytique la normalisation c’est-à-dire l’alignement de la conduite sur celle du plus grand nombre comme le préconise Freud, Jung pense que la finalité de la cure analytique est, certes la disparition des troubles, mais pas seulement. Elle permet de recentrer le sujet, non pas sur son petit « moi » désirant, mais sur ce qui fait l’unicité,  l’originalité et  la valeur la plus fondamentale du sujet : son individuation, son « SOI ». 
Le SOI est la totalité organisée, cohérente, harmonieuse, des différentes énergies – ou différentes tendances du sujet -, une synthèse dynamique, particulière à chacun, qui est son point d’équilibre et de réalisation maximale en bref sa personnalité originale supérieure.

4.  Théorie de la synchronicité.

La frontière entre le monde réel et le monde intérieur est bien ténue. Nos inconscients sont « branchés » à la fois sur le monde physique, comme dans une sorte de nappe phréatique commune, et sur une « banque de données » immense. Ils sont tous reliés entre eux. Des informations de toutes sortes circulent dans tous les sens et dans certains cas elles se manifestent en défiant les lois du temps et de l’espace : prophéties, rêves prémonitoires, coïncidences, visions à distance, médiumnité … La synchronicité pose l’existence de relations  acausales (elles sont inexplicables par la logique). Jung s’est intéressé aux études, menées en Angleterre et aux USA, sur l’ESP (Extra-Sensory-Perception), aux coïncidences, faits qui se regroupent à certains moments et qui ont entre eux une cohérence analogique : si, au moment où j’éternue, il se produit un tremblement de terre, c’est un HASARD. Mais si, dans une librairie, je me trompe de paquet à la caisse et qu’en arrivant chez moi je découvre que j’ai justement emporté le livre dont j’ai rêvé la veille, c’est une COÏNCIDENCE.  Selon Jung, le même archétype se manifeste simultanément à l’intérieur et à l’extérieur de moi. 
« Il se pourrait que la psyché et la matière soit un même phénomène, observé respectivement de l’intérieur et de l’extérieur« . Jung, l’Homme et ses Symboles.        

Jung a étudié la conception chinoise des coïncidences, exprimée dans le YI-KING.  A partir des figures formées par des jets de baguettes ou de pièces, les Chinois trouvent des significations et des réponses aux problèmes présents du sujet. Ce que l’inconscient  projette à l’extérieur  dans l’aléatoire (dans l’apparent désordre du « hasard »), c’est en réalité son ordre propre, l’état présent de ses énergies intérieures. En somme, le désordre apparent que j’ai semé, reflète l’ordre complexe de ma cohérence interne. L’idée de base, c’est que finalement, la découpe que nous opérons dans le réel, est le reflet de notre monde archétypal. Nous sommes ce qui nous arrive. Ou encore, il ne nous arrive rien qui ne soit déjà inscrit en nous.