MARX XIX° Philosophe Allemagne
À partir de sa lecture de Hegel, dialectique du maître et de l’esclave : réflexion sur le travail.
I. Philosophie politique. * Le matérialisme dialectique. * Critique du capitalisme * La révolution. * Le communisme.
II. Analyse du travail.
III. Les Échanges
IV. Nouvelle définition du travail.
La religion
I. Philosophie politique.
1. Le matérialisme dialectique : ce ne sont pas les idées qui mènent le monde. Tout le développement des sociétés s’explique par les conditions matérielles dans lesquelles vivent les hommes, à travers la production de leur existence. Le travail humain, processus de transformation de la nature, est créateur de richesses et fondateur de la société. L’être humain est avant tout un travailleur.
Toute société se définit par son mode de production.
a) Le mode de production comprend les forces productives :
– les biens de production (matières premières et les moyens de production, machines, usines)
– le savoir, la science.
– la force de travail, (c’est-à-dire l’énergie des ouvriers, elle-même considérée comme une marchandise).
b) Les rapports de production :
– les relations réelles qui existent entre les hommes à partir de leur travail.
L’histoire montre que ces relations ont toujours été inégalitaires parce que les forces productives appartiennent toujours à la même classe, la classe dominante, les maîtres dans l’Antiquité, les seigneurs, au Moyen-Âge, les bourgeois à l’époque moderne.
« L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de la lutte des classes ». Marx, Manifeste.
Les idées ne sont rien d’autre que les reflets des structures matérielles historiques dans lesquelles elles se développent. La superstructure est le reflet de l’infrastructure. Ainsi, les lois, les rationalisations diverses, les idéologies, la morale, la religion, les représentations esthétiques (=superstructure) sont l’expression des intérêts de la classe dominante dans une société donnée, et elles consolident le pouvoir de cette classe.
2. La critique du capitalisme :
Marx propose une analyse « scientifique » du capitalisme :
– Le travail, dont la fonction devrait être la libération de l’homme, le détruit le déshumanise et l’aliène. L’aliénation est un processus qui conduit l’homme à devenir étranger à lui-même. La véritable cause de l’aliénation est l’injustice économique. Ceux qui possèdent le capital exploitent les pauvres (=les prolétaires) et s’enrichissent par leur travail. (Voir l’analyse marxiste de la plus-value dans le cours sur le Travail).
– La société républicaine issue de la Révolution Française, fondée sur la liberté, l’égalité et la fraternité est un leurre. Elle n’est pas un état juste. C’est une société fondée sur la victoire de la classe bourgeoise son culte de la propriété et ses idéaux mercantiles. Son seul but est l’augmentation du capital par un profit maximal. Elle a créé des lois protégeant ses intérêts de classe. Le libéralisme économique en est un exemple flagrant ; la « loi Lechapelier » 1791, supprime les corporations d’artisans, déclare la libre concurrence et interdit les syndicats. La liberté n’est conçue que par les bourgeois et pour les bourgeois. Elle permet d’exploiter sans limites les plus démunis. La société bourgeoise est « exploitation de l’homme par l’homme ».
– Le capitalisme est fondé sur une « contradiction mortelle » dont le développement produira la négation.
« La bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs. » Marx.
En effet, les prolétaires sont les artisans nécessaires du progrès économique de la classe dominante, donc de sa richesse et de son luxe. Or au XIX° les prolétaires vivent au-dessous du seuil de pauvreté dans une misère intolérable. Cette contradiction ne peut, selon Marx, que ruiner le système capitaliste tout entier. La misère et le sentiment d’injustice ne peuvent que pousser les prolétaires à la révolte.
3. La révolution : (en U.R.S.S., 1905) « la dictature du prolétariat » :
– Il importe dans un premier temps de détruire cette structure inégalitaire, c’est-à-dire de faire la révolution. L’Etat doit éliminer le capitalisme, collectiviser et centraliser les biens de production (c’est-à-dire le capital, les matières premières, les usines et toutes les entreprises qui produisent de la richesse grâce au travail des hommes). La dictature du prolétariat, incarné par le parti prolétarien unique, n’est qu’un régime de transition, elle met en place les conditions matérielles de la future société.
– De cette nouvelle organisation matérielle de la société se dégageront de nouvelles superstructures. Cela signifie que les mentalités évolueront et changeront. Les anciennes superstructures s’évanouiront d’elles-mêmes, la religion disparaîtra, les notions d’égalité et de solidarité deviendront évidentes… qui rendront possible la réalisation politique d’une société juste, c’est-à-dire sans classe.
4. Le communisme :
Le communisme sera la réalisation d’une société juste et sans classe dans laquelle l’homme n’étant plus exploité par l’homme, sera désaliéné et pourra enfin se réaliser totalement.
(L’effondrement économique, militaire et idéologique du système soviétique au cours des années 80, est-il imputable à l’égoïsme humain ? Les hommes sont-ils incapables de renoncer à la propriété privée et à leur liberté ? Ou bien l’idéologie marxiste est-elle trop réductionniste ? Les penseurs politiques feront bientôt l’autopsie du système).
II. Analyse du travail.
Marx a analysé, historiquement, dans Le Capital, comment, dans le passé, le travail s’est organisé, puis s’est dénaturé, et enfin s’est complètement perverti avec l’arrivée de la technologie : le machinisme. (L’arrivée récente des robots dans les entreprises rend le problème encore plus tragique pour les ouvriers). Le travail implique, dans son organisation, une répartition des tâches, cette division du travail se fait en plusieurs étapes.
- Evolution historique du travail.
1. La 1ère division est sexuelle.
Nous avons vu dans le cours d’anthropologie, comment au moment de la découverte du feu, pour la survie de l’espèce, les premiers hommes ont dû se répartir fonctionnellement les tâches : les hommes à la chasse et les femmes au « foyer », c’est à dire dans le cercle de feu au service des enfants et des « faibles » (blessés ou vieillards). Cf. la théorie de Engels.
2. La 2ème division est la spécialisation : l’artisanat.
L’artisan conçoit le produit, achète la matière première, et réalise (= rend concret) son produit en le fabriquant du début jusqu’à la fin. Soit, il le garde, soit il l’échange contre de l’argent. Il a mis dans son produit l’énergie de son corps, son intelligence, son « art » (= son habileté) :
Au Moyen Âge il fallait dix ans d’apprentissage chez un maître et réaliser son « chef d’œuvre » pour être consacré « artisan ». L’artisan a investi une grande partie de lui-même dans son produit, mais ce produit lui appartient. Au Moyen Âge les corporations d’artisans étaient protégées par des règlements très stricts.
3. La 3ème division : l’émiettement du travail.
Au XIX°, apparaissent la rationalisation du travail et le machinisme. Déjà au XVIII°, Smith explique que si l’on divise en 18 opérations différentes la fabrication d’une épingle et que l’on affecte un homme à chaque opération, on économise un temps considérable et on augmente d’autant la production. Au XIX°, les machines automatiques apparaissent, les hommes deviennent des rouages, des intermédiaires assurant les relais entre les machines. Ils sont considérés eux-mêmes à l’égal des machines. Le travail à la chaîne se généralise. (Cf. Les Temps modernes avec Ch. Chaplin ou encore Métropolis, de F.Lang.)
Le TAYLORISME et le FORDISME sont des systèmes « scientifiques » d’organisation du travail. Le geste du travailleur est décomposé étudié dans ses moindres détails, de telle sorte qu’il agisse le plus automatiquement possible sans avoir à réfléchir. Le travailleur n’exerce plus la souplesse de ses organes, ni sa réflexion, ni son intelligence, ni sa créativité, mais seulement sa force mécanique. Il s’épuise, se déforme, il est dégradé, déshumanisé, rétréci. Les rapports entre les hommes deviennent des rapports entre des choses étiquetées (les ouvriers sont désignés par des numéros, interchangeables), du coup, ils deviennent « idiots, agressifs, brutaux, désespérés » Marx.
Le travail devient une prison mentale, il
« (…) surexcite le système nerveux, empêche le jeu varié des muscles, comprime toute l’activité libre du corps et de l’esprit ; La facilité même du travail devient une torture en ce sens que la machine ne délivre pas l’ouvrier du travail, mais dépouille le travail de son intérêt ». Marx, Capital I.
En même temps, d’une part les emplois ont diminué puisque la machine a remplacé un grand nombre d’ouvriers, mais d’autre part comme le travail est devenu très facile au sens où il ne demande aucune spécialisation, il est dégradé, « bête », donc n’a plus de valeur (ni en soi, ni économique). N’importe qui, sans compétence, peut le faire. On embauche de préférence des femmes et des enfants auxquels on donne un salaire dérisoire. Le chômage augmente à toute allure, la misère parallèlement. Les ouvriers ont été dépossédés et sont aliénés (= sont devenus étrangers à eux-mêmes). Il est nécessaire selon Marx de procéder à une analyse économique scientifique du travail qui fait apparaître la nature de l’injustice dont les travailleurs ont été les victimes.
- Valeur économique du travail.
Valeur économique du travail : Ce qui donne de la valeur à un objet c’est le travail. Une table a plus de valeur que le bois dont elle est faite. L’énergie, le temps, l’habileté qu’un homme a transférés dans un objet lui donnent un prix une « plus-value ». Ce prix est estimé en valeur économique et se détermine au « marché ». Le marché est le lieu où se confrontent l’offre et la demande jusqu’à ce qu’une entente entre le vendeur et l’acheteur puisse s’établir sur le principe d’une équivalence des objets proposés. Cette entente est un contrat. Il n’est pas fixe car il y a toujours une fluctuation des valeurs. En effet le prix (la valeur économique) d’un objet dépend de plusieurs paramètres :
1. L‘offre qui dépend de la quantité et de la qualité du travail.
2. La demande qui dépend des besoins et des désirs du groupe. Les besoins concernent l’alimentation, le vêtement, l’habitation, le mode de locomotion etc., ils varient en fonction du lieu, du climat, des coutumes. Les désirs sont beaucoup plus difficiles à cerner, ils relèvent de l’utilité, mais aussi et souvent de la mode et du caprice donc de l’inutilité et de l’imprévisible. Quelquefois il suffit de la présence de l’objet pour faire naître le désir (cf. la bouteille de coca dans le film Les dieux sont tombés sur la tête). C’est justement la fonction de la publicité dans nos sociétés de créer de toute pièce le désir jusqu’à ce qu’il se transforme en besoin.
III. Les Échanges.
Les différents types d’échanges :
le troc, l’échange économique, l’usure, l’échange chrématistique.
1 ) le troc.
Dans ce cas les deux parties s’accordent pour échanger des objets matériels dont ils jugent la valeur équivalente, quelquefois même sans s’être vues ; dans les sociétés dites « primitives » les uns déposaient dans un lieu leur offre, les autres venaient plus tard, déposaient ce qu’ils proposaient en échange sans toucher à la marchandise, les autres revenaient, et, s’ils jugeaient l’offre suffisante, ils l’emportaient, sinon ils repartaient en attendant que les autres proposent mieux le manège pouvait durer longtemps !
2 ) L’échange économique.
Très vite, les hommes ont inventé l’usage de la monnaie, c’est à dire d’une valeur conventionnelle, symbolique et abstraite (même si les pièces étaient en or ou en argent, puis en métal sans valeur), mais réelle. La monnaie donne en effet le pouvoir réel d’acheter d’autres objets ou des biens économiques. Ainsi l’artisan pouvait vendre le produit de son travail et donc récupérer le prix de son travail.
3 ) L’usure. (1er effet pervers de l’argent ).
Très vite certains hommes comprennent qu’il est possible de « faire de l’argent avec de l’argent » : il suffit de prêter avec intérêt, sans avoir besoin de travailler soi-même. Le lien entre l’argent et le travail se relâche. C’est celui qui a emprunté qui doit travailler pour rembourser ses dettes, l’usurier s’enrichit grâce au travail des autres, il prête à un taux supérieur au taux légal.
4 ) L’échange chrématistique. (2ème effet pervers de l’argent) : le négoce
Autre moyen encore plus efficace pour s’enrichir : à partir de l’argent, son possesseur peut acheter des matières premières (du bois), y ajouter du travail (le transformer en commode par exemple), et revendre le produit. Mais pour faire un grand bénéfice il suffit d’utiliser le travail des autres, de le rationaliser, et de le payer au prix le plus bas possible. Telle est selon Marx l’origine du capitalisme. Le capitaliste, parce qu’il possède de l’argent (un « capital »), est en mesure d’acheter des « biens de production » (= des matières premières, et des structures technologiques – machines, usines – ), et les « forces productives » (= le travail des ouvriers), qui deviennent sa propriété. Son but est de s’enrichir en obtenant des bénéfices. Pour cela, il suffit d’investir le minimum d’argent dans les forces de travail c’est à dire d’acheter le travail des ouvriers à un prix inférieur à ce qu’il vaut sur le marché (donc de récupérer pour lui – le capitaliste- une part importante de la « plus-value »), en baissant le plus possible les salaires. Cela est possible en cassant les anciennes lois de protection des corporations et en instituant des lois nouvelles dites plus « libérales » (par exemple la liberté d’embauche, de concurrence ou celle de fixer les salaires), mais qui ne profitent qu’aux bourgeois capitalistes. Ces lois (superstructure) ne sont que le reflet de ce qui se passe concrètement dans le monde du travail (infrastructure). « La superstructure est le reflet de l’infrastructure« . Le prolétaire est un travailleur qui n’a que sa force de travail à vendre. Il n’y a que le prolétaire qui produise et c’est grâce à lui que le propriétaire peut augmenter son « capital », donc être un capitaliste ou un bourgeois.
Cette exploitation des travailleurs est, selon Marx, une injustice et conduit à une contradiction mortelle pour le système. En effet plus le capital s’accroît, donc plus la bourgeoisie s’enrichit, plus la misère augmente, donc la classe prolétarienne s’appauvrit. Cette contradiction devait selon Marx se terminer par une révolte et une destruction du régime. Les bourgeois sont leurs propres « fossoyeurs« .
Marx propose alors une révolution fondée sur conception nouvelle et plus juste du travail de l’économie et de la société, qui supprimerait la lutte des classes en créant une société égalitaire, dans laquelle la propriété des biens de production ne serait plus privée mais étatique. Ce nouvel état assurerait au travailleur la satisfaction de tous ses besoins, sa dignité, (cf. conception nouvelle du travail § II ), sa place dans la société par son droit au travail, son égalité avec les autres, et même son pouvoir politique, puisque cet état serait dirigé par les travailleurs eux-mêmes (= dictature du prolétariat), en attendant l’arrivée d’une société parfaitement égalitaire et libre : le communisme.
IV. Nouvelle définition du travail.
Marx propose du travail sa nouvelle définition suivante :
« Le travail est la transformation par l’homme, à l’aide de la technique, d’un objet naturel brut, en produit consommable, vital ou intellectuel« . Marx.
Cette définition implique plusieurs remarques importantes :
1 – la transformation par l’homme exclut toutes les transformations et métamorphoses opérées par la nature elle-même (par exemple la transformation de la graine en plante, du pollen en miel, voire de l’embryon en fœtus puis en enfant etc.)
2 – la technique comprend d’une part l’ensemble des instruments et des outils inventés par l’humanité, plus le mode d’emploi c’est à dire l’intelligence et la science. La force de travail humaine comprend l’ensemble des capacités physiques et intellectuelles de l’homme. Il est fondamental que l’intelligence remplace l’automatisme et l’instinct.
3 – l’objet naturel ou brut c’est, par exemple, la terre, qu’il faut défricher, labourer, ensemencer, la transformation s’exerce à plusieurs niveaux, le blé ensuite doit être transformé en pain ou en gâteau, mais ce peut être aussi un endroit qu’il faut rendre accueillant.
4 – le produit consommable est celui qui répond d’abord aux besoins réels de la société, puis par la suite à ses désirs. Cela implique une utilité sociale. Ces besoins sont de deux natures :
a – vitaux = ceux qui concernent la nourriture, l’habitation, le vêtement, les protections contre les agressions de la nature etc.
b – intellectuels = ceux qui apportent plus d’informations utiles sur la société, le passé, l’économie, le monde c’est à dire la connaissance, la SCIENCE.
Fonction de cette définition :
Dans la société marxiste, cette définition permet d’éliminer du statut de « travailleur » tous ceux qui ne produisent rien, (les parasites, les fainéants, les drogués,) ou qui ne produisent pas de produits « utiles », par exemple les patrons, qui selon Marx, se contentent de profiter du travail des ouvriers ou encore, les prêtres dont le produit est « toxique », puisque la religion qu’ils transmettent est « l’opium du peuple » une sorte de drogue qui les endort et les empêche de se révolter contre les injustices dont ils sont victimes ou encore les intellectuels « idéologues » c’est à dire les hommes, les philosophes par exemple, qui spéculent sur des idées abstraites, ou inutiles ou dangereuses parce que contraires aux intérêts du peuple (= au marxisme de Marx).
Mais alors le footballeur, l’artiste, l’interprète (pianiste, violoniste), le médecin, l’étudiant, le professeur, le balayeur, la prostituée, la « mère-porteuse », sont-ils des travailleurs selon cette définition du travail ?
Réfléchissez : Lesquels le sont ? Pourquoi ? Lesquels ne le sont pas ? Et pourquoi ? (Cf. discussion en classe).
Glorification du travail. Voici ce que pourrait être le travail dans une société idéale :
(tout le texte est au conditionnel).
« Supposons que nous produisions comme des êtres humains : chacun de nous s’affirmerait doublement dans sa production, soi-même et l’autre. 1) Dans ma production, je réaliserais mon individualité, ma particularité. J’éprouverais en travaillant, la joie de manifester l’individualité de ma vie ; et, en contemplant l’objet que j’aurais produit, je me réjouirais de reconnaître ma propre personne comme puissance qui s’est actualisée, comme quelque chose de visible, de tangible, d’objectif. 2) L’usage que tu aurais de ce que j’ai produit, et le plaisir que tu en retirerais me procurerait immédiatement la joie spirituelle de satisfaire par mon travail un besoin humain, de contribuer à l’accomplissement de la nature humaine, et d’apporter à un autre ce qui lui est nécessaire. 3) J’aurais conscience de servir de médiateur entre toi et le genre humain, d’être éprouvé et reconnu par toi comme un complément à ton propre être et comme une partie indispensable de toi-même, d’être reçu dans ton esprit et dans ton amour. 4) J’aurais la joie que ce que produit ma vie servît à la réalisation de la tienne, c’est à dire d’accomplir dans mon activité particulière l’universalité de ma nature, de ma sociabilité humaine. Alors, nos productions seraient autant de miroirs où nos êtres rayonneraient l’un vers l’autre. »
Marx, Manuscrits de 1844.
. Réalisation en soi de sa propre nature humaine, utilité pour l’autre, occasion de joie, communication avec le genre humain… Le travail est ce qui fait de nous des hommes à part entière.
Religion
Marx part d’une conception de Feuerbach (philosophie allemand) selon lequel la religion est la projection d’un rêve, inventé par la classe dominante. Le peuple est malheureux, pauvre ignorant et sans espoir. Il convient donc de lui redonner du courage en lui faisant accepter sa vie misérable, en l’embellissant de l’intérieur, en lui offrant l’espoir d’une vie future parfaite, à condition qu’il soit vertueux, honnête, patient, humble, obéissant et travailleur. Une soumission totale de la classe laborieuse s’obtient en quelque sorte à peu de frais et rapporte « gros » à la classe dominante. La religion est un « opium » pour Marx puisqu’elle fait faire de beaux rêves, affaiblit de plus en plus le sens critique, anéantit tout esprit de révolte et paralyse tout progrès social. Elle est donc un poison. Cette soumission s’obtient à l’aide de formules telles que :
« Bienheureux les pauvres, le royaume des cieux est à eux », ou encore, « Esclaves, demeurez soumis à vos maîtres car toute autorité vient de Dieu. » Paul, Epître aux Corinthiens.
Le fondement de la critique irréligieuse est : c’est l’homme qui fait la religion, ce n’est pas la religion qui fait l’homme. (…) La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle.
« La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature tourmentée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit de situations dépourvues d’esprit. Elle est l’opium du peuple.
L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple, c’est l’exigence de son bonheur véritable. Exiger de renoncer aux illusions relatives à son état, c’est exiger de renoncer à une situation qui a besoin de l’illusion. La critique de la religion est donc dans son germe la critique de la vallée des larmes, dont l’auréole est la religion. » Marx, Critique de la philosophie du droit de Hegel, 1843.
Pour Marx la conscience est le produit des conditions matérielles, concrètes, de l’existence. « Ce n’est pas la conscience qui détermine la vie, c’est la vie qui détermine la conscience. » La conscience est le reflet d’une manière d’exister, elle est une puissante force d’illusion. L’esprit n’existe pas, la conscience n’a aucun statut ontologique. Ce que Marx appelle conscience, c’est ce que nous avons défini comme la pensée.