HEGEL XIX° Philosophe allemand.
La Dialectique du maître et de l’esclave
Hegel appelle « dialectique » un processus de transformation qui passe par des phases de négation ( thèse / antithèse / synthèse). Exemple
1) thèse = le bourgeon apparaît.
2) antithèse = la fleur est la négation du bourgeon, elle le détruit pour surgir.
3) synthèse = le fruit- négation de la fleur – est le produit positif de ce processus de négations.
Il faut entendre par « esclave » non un individu particulier, mais l’ensemble de toutes les classes sociales qui ont travaillé, les esclaves, les serfs, et par « maître » la classe de ceux qui dominaient, les aristocrates par exemple.
Cf. La Phénoménologie de l’Esprit. Rappel des principaux temps :
Lorsqu’un être se dégage de l’animalité, il devient conscient donc humain. il ne peut le faire que par la négation de ce qui en lui est naturel ou encore animal : le désir de vie et l’objet de ce désir.
En effet, les activités des animaux obéissent à deux caractéristiques : 1) L’instinct de survie ou de vie. 2) La quête d’un objet réel, concret (nourriture, nid, gîte …)
Comment montrer qu’il est un Homme ? En désirant « mourir » pour « rien » (en tout cas rien de concret). Qu’est-ce que cela lui apporte ? L’essentiel pour lui : montrer qu’il n’est plus une bête, mais un être doué de conscience, tellement au-dessus de la bête, et tellement digne qu’on lui doit maintenant le respect, ou plutôt la « reconnaissance« , il est un HOMME.
La reconnaissance n’est pas un objet. (Hegel parle ici des gens qui préfèrent mourir plutôt que perdre leur honneur). L’analyse qui suit est purement théorique. Elle met en scène deux êtres qui veulent se montrer ou se prouver mutuellement leur « humanité ». Leur relation, dans laquelle intervient le travail de l’un au service de l’autre, les modifie peu à peu tous les deux au profit de celui qui travaille. Cette conception est révolutionnaire.
1 – Deux « moi » (= deux consciences) s’affrontent, parce que chacune veut être « reconnue » par l’autre. Ils acceptent alors de risquer leur vie, justement pour signifier que chacun est plus que la vie. (= relation « agonistique » = de combat)
2 – Pendant le combat, l’un des deux a peur. D’une part, il porte sur la mort un regard de lucidité, mais d’autre part, il est soumis à son propre désir de vivre, comme les êtres naturels, les animaux, il est esclave de la vie.
Donc il se rend, il est vaincu. Il devient l’esclave du maître.
Le maître est celui qui domine toujours son désir de vivre, il est au-dessus de l’animalité. « C’est seulement en risquant sa vie que l’on conquiert sa liberté » (Hegel), en effet par ce risque « pour rien », la conscience se prouve à elle-même et aux autres qu’elle n’est pas immergée « dans l’océan de la vie », mais indépendante.
3 – Le maître n’est maître que parce que une autre conscience est là pour le reconnaître.
On dit qu’il n’est pas maître « en soi », mais par « une médiation », c’est à dire par l’intermédiaire de quelqu’un d’autre. Au début le maître domine les objets du besoin par son courage, ensuite il les domine par la médiation de l’esclave qu’il interpose entre la nature et lui et qu’il oblige à travailler pour lui. L’esclave, par son travail, transforme les objets matériels en objets de consommation et de jouissance pour le maître.
4 – Mais les rapports se renversent bientôt.
En effet, l’existence du Maître est une impasse car il n’est pas reconnu par un être digne de le reconnaître, (à ses yeux, l’esclave n’est pas son égal). Le temps s’arrête pour le maître : il consomme, il jouit, il joue (à des jeux « agonistiques » c’est à dire de combats et de stratégies, par exemple : la « guerre », la chasse, les tournois, les cartes, les échecs …), il est dans un système répétitif. Il ne produit rien. Par ailleurs sa liberté n’est que partielle, puisqu’il est totalement dépendant de l’esclave pour vivre.
Au contraire, l’esclave, lui, par son travail transforme la nature en fonction des ordres du maître : (construire un palais, confectionner des vêtements, élever des animaux, les soigner, les transformer en plats de festins …). Pour accomplir toutes ces tâches difficiles, il est obligé de discipliner ses besoins, d’être adroit, inventif, rusé, intelligent, fort, et de ce fait, il modifie sa propre nature et progresse.
Bref, en maîtrisant la nature, dans un premier temps l’esclave lui devient supérieur (à la nature), et peu à peu grâce à ce progrès, il prend conscience de sa liberté idéale (= théorique), comme d’une virtualité à conquérir. Il prend conscience que, puisqu’il sait subvenir à tous les besoins du maître, il peut subvenir à ses propres besoins et donc s’affranchir de son maître, alors que son maître ne peut pas se passer de lui. Cette idée de liberté est une incitation au dépassement et à la libération effective. Elle est un réel moteur de l’histoire.
Conclusion de cette analyse.
La liberté du maître est virtuelle, sa pensée est immobile, conservatrice. Le risque de la vie dépasse le donné sans le transformer.
Le travail de l’esclave conduit vers une libération réelle, parce qu’il transforme le donné naturel et sa propre nature, dans un processus qui est évolutif, cumulatif (les produits de son travail s’accumulent au cours du temps). Il est créateur de l’histoire. Seul « l’esclave » peut engendrer une société où chaque individu pourra être reconnu dans son humanité par les autres. (Cf. interprétation du texte de Hegel, par Kojève).
L’événement historique qui illustre parfaitement ce texte est la Révolution de 1789. Ce ne sont pas les « esclaves » à proprement parler qui en sont les auteurs, mais les Bourgeois qui sont eux les propres artisans de leur richesse et donc de leur liberté grâce à leur travail durant de longs siècles.
(La lecture de ce texte est une véritable révélation pour Marx. Elle le conduit à prendre conscience de la véritable importance du travail dans la société où il vit et de la nécessité de révolutionner la conception du travail et la société elle-même.)
Textes
Dialectique
« Le maître se rapporte médiatement à la chose par l’intermédiaire de l’esclave ; l’esclave, comme conscience de soi en général, se comporte négativement à l’égard de la chose et la supprime ; mais elle est en même temps indépendante pour lui, il ne peut donc par son acte de nier venir à bout de la chose et l’anéantir ; l’esclave la transforme donc seulement par son travail. Inversement, par cette médiation, le rapport immédiat devient pour le maître la pure négation de cette même chose ou la jouissance ; ce qui n’est pas exécuté par le désir est exécuté par la jouissance du maître ; en finir avec la chose : l’assouvissement dans la jouissance. Cela n’est pas exécuté par le désir à cause de l’indépendance de la chose ; mais le maître, qui a interposé l’esclave entre la chose et lui, se relie ainsi seulement à la dépendance de la chose, et purement en jouit. Il abandonne le côté de l’indépendance de la chose à l’esclave, qui l’élabore. »
Hegel, La Phénoménologie de l’Esprit (1807).
« En face de l’autre, chacun est absolument pour lui-même et singulier, et il exige, en outre, d’être tel pour l’autre et d’être tenu pour tel par l’autre, d’avoir dans l’autre intuition de sa propre liberté comme liberté d’un étant-en-soi, -c’est-à-dire d’être reconnu par l’autre.
Pour se faire valoir et être reconnue comme libre, il faut que la conscience de soi se représente pour une autre comme libérée de la réalité naturelle présente. Ce moment n’est pas moins nécessaire que celui qui correspond à la liberté de la conscience de soi en elle-même. L’égalité absolue du Je par rapport à lui-même n’est pas une égalité essentiellement immédiate, mais une égalité qui se constitue en supprimant l’immédiateté sensible et qui, de la sorte, s’impose aussi à un autre Je comme libre et indépendante du sensible. Ainsi la conscience de soi se révèle conforme à son concept et, puisqu’elle donne réalité au Je, il est impossible qu’elle ne soit pas reconnue.
Mais l’autonomie est moins la liberté qui sort de la présence sensible immédiate et qui se détache d’elle que, bien plutôt, la liberté au sein de cette présence. Ce moment est aussi nécessaire que l’autre, mais ils ne sont pas d’égale valeur. Par suite de l’inégalité qui tient à ce que, pour l’une des deux consciences de soi, la liberté a plus de valeur que la réalité sensible présente, tandis que, pour l’autre, cette présence assume, au regard de la liberté, valeur de réalité essentielle, c’est alors que s’établit entre elles, avec l’obligation réciproque d’être reconnues dans la réalité effective et déterminée, la relation maîtrise-servitude, ou, absolument parlant, service-obéissance, dans la mesure où cette différence d’autonomie est donnée par le rapport naturel immédiat.
Puisqu’il est nécessaire que chacune des deux consciences de soi, qui s’opposent l’une à l’autre, s’efforce de se manifester et de s’affirmer, devant l’autre et pour l’autre, comme un être-pour-soi absolu, par la même celle qui a préféré la vie à la liberté, et qui se révèle impuissante à faire, par elle-même et pour assurer son indépendance, abstraction de sa réalité sensible présente, entre ainsi dans le rapport de servitude. »
Hegel, Propédeutique philosophique (1809-1816), 2e cours, 1ère subdivision, 2e degré, trad.M.de Gandillac, Éd. de Minuit, 1997, p. 97-98.
« Il semblait que, dans et par le travail, l’Esclave est asservi à la Nature, à la chose, à la « matière première », tandis que le Maître, qui se contente de consommer la chose préparée par l’Esclave et d’en jouir, est parfaitement libre vis-à-vis d’elle. Mais en fait il n’en est rien. Certes, le Désir du Maître s’est réservé le pur acte-de-nier l’objet en le consommant, et il s’est réservé – par cela même – le sentiment de-soi-et-de-sa-dignité non mélangé éprouvé dans la jouissance. Mais pour la même raison cette satisfaction n’est elle-même qu’un évanouissement ; car il lui manque l’aspect objectif-ou-chosiste, c’est-à-dire le maintien-stable. Le Maître, qui ne travaille pas, ne produit rien de stable en dehors de soi. Il détruit seulement les produits du travail de l’Esclave. Sa jouissance et sa satisfaction restent ainsi purement subjectives : elles n’intéressent que lui et ne peuvent donc être reconnues que par lui ; elles n’ont pas de « vérité », de réalité objective révélée à tous. Aussi, cette « consommation », cette jouissance oisive de Maître, qui résulte de la satisfaction « immédiate » du désir, peut tout au plus procurer quelque plaisir à l’homme ; elle ne peut jamais lui donner la satisfaction complète et définitive. Le travail est par contre un Désir refoulé, un évanouissement arrêté ; ou en d’autres termes, il forme et éduque. Le travail trans-forme le Monde et civilise, éduque l’Homme. L’homme qui veut – ou doit – travailler, doit refouler son instinct qui le pousse à « consommer » « immédiatement » l’objet « brut ».
Et l’esclave ne peut travailler pour le Maître, c’est-à-dire pour un autre que lui, qu’en refoulant ses propres désirs. Il se transcende donc en travaillant ; ou si l’on préfère, il s’éduque, il « cultive », il « sublime » ses instincts en les refoulant. D’autre part, il ne détruit pas la chose telle qu’elle est donnée. Il diffère la destruction de la chose en la trans-formant d’abord par le travail ; il la prépare pour la consommation ; c’est-à-dire il la « forme ». Dans le travail, il transforme les choses et se transforme en même temps lui-même : il forme les choses et le monde en se transformant, en s’éduquant soi-même ; et il s’éduque, il se forme, en transformant des choses et le Monde. »
Hegel, La Phénoménologie de l’esprit, 1807, trad. commentée par A. Kojève dans Introduction à la lecture de Hegel, Gallimard, 1967, p. 28.
« Le Maître force l’Esclave à travailler. Et en travaillant, l’Esclave devient maître de la Nature. Or, il n’est devenu l’Esclave du Maître que parce que – au prime abord – il était esclave de la Nature, en se solidarisant avec elle et en se subordonnant à ses lois par l’acceptation de l’instinct de conservation. En devenant par le travail maître de la Nature, l’Esclave se libère donc de sa propre nature, de son propre instinct qui le liait à la Nature et qui faisait de lui l’Esclave du Maître. En libérant l’Esclave de la Nature, le travail le libère donc aussi de lui-même, de sa nature d’Esclave : il le libère du Maître. Dans le Monde naturel, donné, brut, l’Esclave est esclave du Maître. Dans le Monde technique, transformé par son travail, il règne – ou, du moins, règnera un jour – en Maître absolu. Et cette Maîtrise qui naît du travail, de la transformation progressive du Monde donné et de l’homme donné dans ce Monde, sera tout autre chose que la Maîtrise « immédiate » du Maître. L’avenir et l’Histoire appartiennent donc non pas au Maître guerrier, qui ou bien meurt ou bien se maintient indéfiniment dans l’identité avec soi-même, mais à l’Esclave travailleur. Celui ci, en transformant le Monde donné par son travail, transcende le donné et ce qui est déterminé en lui-même par ce donné ; il se dépasse donc, en dépassant aussi le Maître qui est lié au donné qu’il laisse – ne travaillant pas – intact. Si l’angoisse de la mort incarnée pour l’Esclave dans la personne du Maître guerrier est la condition sine qua non du progrès historique, c’est uniquement le travail de l’Esclave qui le réalise et le parfait. […]
Le travail transforme le Monde et civilise, éduque l’Homme. L’homme qui veut – ou doit – travailler, doit refouler son instinct qui le pousse à « consommer » immédiatement l’objet « brut ». Et l’Esclave ne peut travailler pour le Maître, c’est-à-dire pour un autre que lui, qu’en refoulant ses propres désirs. Il se transcende donc en travaillant ; ou si l’on préfère, il s’éduque, il « cultive », il « sublime » ses instincts en les refoulant. […] Il transforme les choses et se transforme en même temps lui-même : il forme les choses et le Monde en se transformant, en s’éduquant soi-même ; et il s’éduque, il se forme, en transformant des choses et le Monde. »
Alexandre Kojève, Commentaire de la Phénoménologie de l’Esprit (Section A du Chap. IV) in Introduction à la lecture de Hegel, 1947, éd. Gallimard, coll. Tel, pp. 28-30.
« Le schéma de l’évolution historique est donc le suivant :
Au début, le futur Maître et le futur Esclave sont tous les deux déterminés par un Monde donné, naturel, indépendant d’eux : ils ne sont donc pas encore des êtres vraiment humains, historiques. Puis, par le risque de sa vie, le Maître s’élève au-dessus de la Nature donnée, de sa « nature » donnée (animale), et devient un être humain, un être qui se crée lui-même dans et par son Action négatrice consciente. Puis, il force l’Esclave à travailler. Celui-ci change le Monde donné réel. Il s’élève donc lui aussi au-dessus de la Nature, de sa « nature » (animale) puisqu’il arrive à la rendre autre qu’elle n’est. Certes, l’Esclave, comme le Maître, comme l’Homme en général, est déterminé par le Monde réel. Mais puisque ce Monde a été changé, il change lui-même. Et puisque c’est lui qui a changé le Monde, c’est lui qui se change lui-même, tandis que le Maître ne change que par l’Esclave. Le processus historique, le devenir historique de l’être humain, est donc l’œuvre de l’Esclave-travailleur, et non du Maître-guerrier. Certes, sans Maître, il n’y aurait pas eu d’Histoire. Mais ceci uniquement parce que sans lui il n’y aurait pas eu d’Esclave et donc de Travail.
Donc – encore une fois – grâce à son Travail, l’Esclave peut changer et devenir autre qu’il n’est c’est-à-dire – en fin de compte – cesser d’être Esclave. Le travail est Bildung, au double sens du mot : d’une part il forme, transforme le Monde, l’humanise, en le rendant plus adapté à l’Homme ; d’autre part il transforme, forme, éduque l’homme, l’humanise en le rendant plus conforme à l’idée qu’il se fait de lui-même et qui n’est – au prime abord – qu’une idée abstraite, un idéal. Si donc – au début, dans le Monde donné l’Esclave avait une « nature » craintive et devait se soumettre au Maître, au fort, il n’est pas dit qu’il en sera toujours ainsi. Grâce à son travail, il peut devenir autre ; et, grâce à son travail, le Monde peut devenir autre. »
Alexandre Kojève, Introduction à la lecture de Hegel, 1947, Gallimard, pp. 179-180.
« La Maîtrise naît de la Lutte à mort pour la « reconnaissance » (anerkennen). Les deux adversaires se posent un but essentiellement humain, non animal, non biologique : celui d’être « reconnus » dans leur réalité ou dignité humaine. Mais le futur Maître soutient l’épreuve de la Lutte et du Risque, tandis que le futur Esclave n’arrive pas à maîtriser sa crainte (animale de la mort). Il cède donc, se reconnaît vaincu, reconnaît la supériorité du vainqueur et se soumet à lui comme l’Esclave à son Maître. Et c’est ainsi que naît l’Autorité absolue du Maître dans ses rapports avec son Esclave.
Donc : le Maître surmonte l’animal qui est en lui (et qui se manifeste par l’instinct de conservation) et le subordonne à ce qu’il y a de spécifiquement humain en lui (cet élément humain se manifestant par le désir de « reconnaissance », par la « vanité » qui est dénuée de toute valeur « biologique », vitale). L’Esclave, par contre, subordonne l’humain au naturel, animal. On peut dire, par conséquent, que l’Autorité du Maître sur l’Esclave est analogue à l’Autorité de l’homme sur la bête et la Nature en général, avec cette différence que […] l’ « animal » [l’esclave] est conscient de son infériorité et l’accepte librement. C’est précisément pourquoi il y a là Autorité : l’Esclave renonce consciemment et volontairement à sa possibilité de réagir contre l’action du Maître ; il le fait parce qu’il sait que cette réaction comporte le risque de sa vie et qu’il ne veut pas accepter ce risque. »
Alexandre Kojève, La notion de l’autorité, 1942, Gallimard, Bibliothèque des Idées, 2004, pp. 70-71.
Art et imitation
» L’opinion la plus courante qu’on se fait de la fin que propose l’art, c’est qu’elle consiste à imiter la nature…Dans cette perspective, l’imitation, c’est à dire l’habileté à reproduire avec une parfaite fidélité les objets naturels, tels qu’ils s’offrent à nous, constituerait le but essentiel de l’art, et quand cette reproduction fidèle serait bien réussie, elle nous donnerait une complète satisfaction. Cette définition n’assigne à l’art que le but formel de refaire à son tour, aussi bien que ses moyens le lui permettent, ce qui existe déjà dans le monde extérieur, et de le reproduire tel quel. Mais on peut remarquer tout de suite que cette reproduction est du travail superflu, car ce que nous voyons représenté et reproduit sur des tableaux, à la scène ou ailleurs…nous le trouvons déjà dans nos jardins, dans notre maison…En outre, ce travail superflu peut passer pour un jeu présomptueux, qui reste bien en deçà de la nature. Car l’art est limité dans ses moyens d’expression et ne peut produire que des illusions partielles, qui ne trompent qu’un seul sens ; en fait quand l’art s’en tient au but formel de la stricte imitation, il ne nous donne à la place du réel et du vivant, que la caricature de la vie. »
HEGEL.
Histoire
« On recommande aux rois, aux hommes d’État, aux peuples de s’instruire principalement par l’expérience de l’histoire. Mais l’expérience et l’histoire nous enseignent que peuples et gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire, qu’ils n’ont jamais agi suivant les maximes qu’on aurait pu en tirer. Chaque époque, chaque peuple se trouve dans des conditions si particulières, forme une situation si particulière, que c’est seulement en fonction de cette situation unique qu’il doit se décider : les grands caractères sont précisément ceux qui, chaque fois, ont trouvé la solution appropriée. Dans le tumulte des événements du monde, une maxime générale est d’aussi peu de secours que le souvenir des situations analogues qui ont pu se produire dans le passé, car un pâle souvenir est sans force dans la tempête qui souffle sur le présent ; il n’a aucun pouvoir sur le monde libre et vivant de l’actualité. L’élément qui façonne l’histoire est d’une tout autre nature que les réflexions tirées de l’histoire. » Hegel.