FREUD XIX-XX° siècle. Psycnanalyste autrichien. (Voir cours sur l’inconscient)
L’inconscient.
En essayant de réfléchir sur l‘HYSTERIE (voir plus loin), Freud découvre qu’il existe, dans notre psychisme, un « lieu » non spatial qu’il appelle une « instance psychique », où sont refoulés quantités de souvenirs – inaccessibles à la conscience – et que pour cette raison il appelle : l’INCONSCIENT.
Cette découverte est très importante, parce que loin d’être inerte et passif, l’inconscient fonctionne comme un pôle invisible immensément puissant et actif qui nous tire en arrière et nous infantilise. En effet, l’inconscient oriente nos désirs, nos choix, nos valeurs, il conditionne notre personnalité en fonction de notre passé le plus ancien, notre enfance. Il s’exprime à travers notre corps, nos gestes, nos paroles, nos fantasmes, nos rêves… d’une manière incompréhensible, « déguisée« , qui nous paraît absurde et insensée. L’inconscient parasite le plus souvent notre liberté en se faisant prendre pour elle et en nous illusionnant sur elle. Enfin, il peut aller jusqu’à nous inhiber, partiellement ou totalement, dans nos comportements les plus habituels. Il fait de nous des être artificiels, aveugles, souffrants, des névrosés, des pervers, et quelquefois, tout à fait exceptionnellement, des génies…
La théorie de Freud est révolutionnaire. En effet, selon les philosophes occidentaux, en général, la conscience peut tout éclairer, pourvu qu’elle le veuille et l’être humain est libre. Leibniz, cependant admet des limites à cette lucidité et parle de « perceptions inconscientes » Schopenhauer pense qu’il existe « un vouloir vivre » inconscient, qui échappe à toute logique et à tout contrôle conscient. Nietzsche reprend ce thème. Mais, si le terme « inconscient » existe bien en philosophie c’est seulement comme adjectif. Il caractérise tout ce qui est en dehors de la conscience : la matière, l’animalité, la folie ou encore les états où la conscience fait défaut, l’évanouissement par exemple. Le terme INCONSCIENT comme substantif apparaît cependant en philosophie dans l’œuvre d’Eduard Von Hartmann, Philosophe et métaphysicien allemand, (1842-1906). À la fin du XIXe il popularise la notion d’inconscient dans les milieux intellectuels avant Freud et la psychanalyse. En 1869 il fait éditer en Allemagne la première édition de sa « Philosophie de l’inconscient ». Le premier tome de l’ouvrage porte sur la « phénoménologie de l’inconscient ». Mais c’est FREUD, qui donne à l’inconscient ses lettres de noblesse et sa définition spécifique.
FREUD entend par inconscient »Le lieu psychique où sont refoulées les représentations (souvenirs, images, mots, signes, chiffres…) inaccessibles à la conscience »
La psychanalyse dès son origine se définit comme une théorie explicative du psychisme, une technique d’investigation des processus inconscients et enfin une thérapeutique, c’est-à-dire une technique qui permettrait la guérison des névroses par la PAROLE. Le psychanalyste, grâce à un travail sur lui-même, a appris à « entendre » la parole du patient. Son rôle consiste à la lui faire entendre à son tour. Et ce n’est pas facile parce que notre conscience est coupée de notre inconscient.
Les « Topiques freudiennes » ou L’architecture du système psychique
- LA PREMIERE « TOPIQUE ». Avant 1920, c’est à elle que Freud se réfère dans tous ses écrits. On appelle « topique » une théorie qui suppose une différenciation de l’appareil psychique en un certain nombre de systèmes ou fonctions différentes et disposés dans un certain ordre les uns par rapport aux autres. Cette théorie permet de les considérer métaphoriquement comme des « lieux » psychiques, donc de les représenter à l’aide de schémas bien qu’ils ne soient pas spatiaux.
Cette première vision schématique de l’appareil psychique comprend trois instances :
1 – le système conscient. Présence au monde, vigilance, permet au sujet de percevoir le monde réel, mais aussi d’aller se « promener » dans le préconscient et d’y retrouver toute une série de souvenirs accessibles.
2 – le système préconscient. « Région » du psychisme qui contient la mémoire normale, c’est-à-dire tous les souvenirs que l’on peut rappeler à la conscience.
La censure les sépare (le système conscient et le système préconscient) du système inconscient, elle a mémorisé tous les interdits et les tabous. Elle est comme un cordon de CRS qui bloque le passage des représentations de la conscience vers l’inconscient et leur passage de l’inconscient vers la conscience, sauf si la censure ne les reconnaît pas, si elles sont « déguisées » par exemple. D’où le langage codé de l’inconscient.
3 – le système inconscient. Il contient toutes les représentations refoulées, c’est-à-dire oubliées. Il est constitué d’un noyau pathogène, nœud des souvenirs refoulés les plus anciens, qui conditionne les autres refoulements en attirant les représentations qui ont un lien de ressemblance avec lui. Freud appelle sens « progrédient » ce mouvement d’attirance vers le « fond » et sens « régrédient » le mouvement inverse, par lequel les souvenirs refoulés cherchent à revenir à la surface. Freud reconnaît l’existence d’un inconscient collectif mais qu’il n’a pas exploré.
B. LA DEUXIEME TOPIQUE Après 1920 Freud modifie son schéma de l’appareil psychique, il lui donne une bien plus grande extension, de nouveaux contenus à la censure qu’il appelle « Surmoi » et il ajoute un pôle pulsionnel qui n’existait pas dans la 1ère topique.
Les trois nouvelles instances sont les suivantes :
1 – Le Ça. C’est le pôle pulsionnel biologique. Il contient les pulsions Éros et Thanatos, pulsion de vie et pulsion de mort, tout ce que l’être apporte en naissant, l’inné, le somatique, l’animalité (bien que la pulsion ne soit pas un instinct nous l’avons vu plus haut). Le Ça est naturel, collectif, universel.
2 – Le Surmoi est beaucoup plus vaste et « enrobant » que la censure de la 1ère topique. Il est non seulement l’intériorisation des interdits et des tabous de la société et de nos éducateurs, mais encore, l’intériorisation de toutes leurs exigences. Il contient donc tous les modèles sur lesquels nous devons modeler notre personnalité le moi idéal et toutes les valeurs vraies ou artificielles qui nous ont été inculquées : l’idéal du moi. Le Surmoi est en partie conscient et en partie inconscient. Il nous entoure et nous traverse intérieurement. Il est redoutable parce qu’il est transgénérationnel, il contient et transmet de générations en générations toutes les inhibitions de nos ancêtres, c’est-à-dire leurs névroses. Les psychanalystes constatent qu’une névrose peut se transmettre d’une génération à l’autre pendant des siècles.
3 – le Moi. Le « pauvre moi » est coincé entre le Ça et le Surmoi qui sont « plus forts que lui », et il souffre beaucoup de cette double oppression par ses « tyrans« . Freud dit que le « moi » est « une fraction du Ça qui a été modifiée au contact du réel et du Surmoi« . Il est l’individu. Par rapport à la 1ère topique, il est constitué du conscient, du préconscient – sa mémoire personnelle – et d’une partie de son inconscient – son refoulé personnel -, celle que Freud n’a pas déplacée dans le « Surmoi ». La force ou puissance du « Surmoi » varie d’un individu à un autre. On nomme « surmoïque » un individu dont le Surmoi est particulièrement dominant. Sans « Surmoi » un individu n’est pas intégrable dans la société. Cf le film Vol au-dessus d’un nid de coucous.
Moi / ça / Surmoi
» Un adage nous déconseille de servir deux maîtres à la fois. Pour le pauvre moi la chose est bien pire, il a à servir trois maîtres sévères et s’efforce de mettre de l’harmonie dans leurs exigences. Celles-ci sont toujours contradictoires et il paraît souvent impossible de les concilier ; rien d’étonnant dès lors à ce que souvent le moi échoue dans sa mission. Les trois despotes sont le monde extérieur, le surmoi, et le ça. Quand on observe les efforts que tente le moi pour se montrer équitable envers les trois à la fois, ou plutôt pour leur obéir, on ne regrette plus d’avoir personnifié le moi, de lui avoir donné une existence propre. Il se sent comprimé de trois côtés, menacé de trois périls différents auxquels il réagit, en cas de détresse, par la production d’angoisse « . Freud .
Pulsion de mort
« L’homme n’est point cet être débonnaire au cœur assoiffé d’amour dont on dit qu’il se défend quand on l’attaque, mais un être, au contraire qui doit porter au compte de ses données instinctives une bonne somme d’agressivité. Pour lui, par conséquent, le prochain n’est pas seulement un auxiliaire et un objet sexuel possibles mais aussi un objet de tentation. L’homme est en effet tenté de satisfaire son besoin d’agression aux dépens de son prochain, d’exploiter son travail sans dédommagements, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’approprier ses biens, de l’humilier, de lui infliger des souffrances, de le martyriser et de le tuer. Homo homini lupus; qui aurait le courage, en face de tous les enseignements de la vie et de l’histoire, de s’inscrire en faux contre cet adage ?
Freud Malaise dans la civilisation.
Progrès
Tandis que l’humanité a fait des progrès constants dans la conquête de la nature et est en droit d’en attendre de plus grands encore, elle ne peut prétendre à un progrès égal dans la régulation des affaires humaines et il est vraisemblable qu’à toutes les époques comme aujourd’hui, bien des hommes se sont demandé si cette partie des acquisitions de la civilisation méritait vraiment d’être défendue. On pourrait croire qu’une régulation nouvelle des relations humaines serait possible, laquelle, renonçant à la contrainte et à la répression des instincts, tarirait les sources du mécontentement qu’inspire la civilisation, de sorte que les hommes, n’étant plus troublés par des conflits internes, pourraient s’adonner entièrement à l’acquisition des ressources naturelles et à la jouissance de celles-ci. Ce serait l’âge d’or, mais il est douteux qu’un pareil état soit réalisable. Il semble que la civilisation doive s’édifier sur la contrainte et le renoncement aux instincts, il ne paraît pas même certain qu’avec la cessation de la contrainte, la majorité des individus fût prête à se soumettre aux labeurs nécessaires à l’acquisition de nouvelles ressources vitales. Il faut, je pense, compter avec le fait que chez tout homme existent des tendances destructives, donc antisociales et anticulturelles. Freud, Avenir d’une illusion, PUF, p.10.
Religion
Les idées religieuses, qui professent d’être des dogmes, ne sont pas le résidu de l’expérience ou le résultat final de la réflexion : elles sont des illusions, la réalisation des désirs les plus anciens, les plus forts, les plus pressants de l’humanité ; le secret de leur force est la force de ces désirs. Nous le savons déjà : l’impression terrifiante de la détresse infantile avait éveillé le besoin d’être protégé – protégé en étant aimé – besoin auquel le père a satisfait ; la reconnaissance du fait que cette détresse dure toute la vie a fait que l’homme s’est cramponné à un père, à un père cette fois plus puissant. L’angoisse humaine en face des dangers de la vie s’apaise à la pensée du règne bienveillant de la Providence divine, l’institution d’un ordre moral de l’univers assure la réalisation des exigences de la justice, si souvent demeurées non réalisées dans les civilisations humaines, et la prolongation de l’existence terrestre par une existence future fournit les cadres du temps et le lieu où les désirs se réaliseront. Des réponses aux questions que se pose la curiosité humaine touchant ces énigmes : la genèse de l’univers, le rapport entre le corporel et le spirituel, s’élaborent suivant les prémisses du système religieux. Et c’est un énorme allégement pour l’âme individuelle de voir les conflits de l’enfance – conflits qui ne sont jamais résolus – lui être pour ainsi dire enlevés et recevoir une solution acceptée par tous. Freud
L’athéisme freudien :
L’insécurité de la vie engendre le malaise, la peur et l’angoisse. L’être humain projette la figure d’un père idéal, à partir de la conception qu’il avait de son père au moment de sa toute petite enfance (père pré-oedipien). Ce père lui paraissait détenir le savoir absolu et la toute puissance. (Cf. l’expression des petits : « Moi, mon père… »). Cette image survalorisée du père est projetée dans l’au-delà, et fabrique de toute pièce un être parfait, omniscient, tout puissant et protecteur : Dieu le Père. La religion procède d’une illusion, c’est-à-dire de la dérivation d’un désir infantile.
La religion crée des interdits et surtout des tabous. Le tabou empoisonne la pulsion de vie. Elle est, en grande partie, responsable des névroses de l’homme occidental. Mais en même temps, la religion crée des rituels dont la fonction est de diluer l’angoisse et de l’apaiser. Elle enferme donc les religieux dans une dépendance dont ils ne peuvent se délivrer eux-mêmes.
A côté de cette critique (et explication) psychologique, Freud propose , dans Moïse et le monothéisme, une explication anthropologique : la religion dériverait du meurtre du père archaïque.
Nécessité, pour Freud, de se désillusionner, de se dégager de la religion et d’accéder à la lucidité, pour devenir adulte.