Pascal

PASCAL Blaise  XVII° Mathématicien-théologien-philosophe  France

« Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre ». Divertissement.  Sec 1 ch 8. 134

Le roseau pensant.

« L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature, mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser ; une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, puisqu’il sait qu’il meurt et l’avantage que l’univers a sur lui. L’univers n’en sait rien.Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C’est de là qu’il nous faut relever et non de l’espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale. »  PASCAL, Pensées, fragment 200 (Lafuma),1660 

La justice et la force.

« Il est juste que ce qui est juste soit suivi, il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu’il y a toujours des méchants ; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force; et pour cela faire que ce  qui est juste soit fort, ou que ce qui est fort soit juste. La justice est sujette à dispute, la force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste soit fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. Les seules règles universelles sont les lois du pays, choses ordinaires, et la pluralité aux autres.   Pensées et opuscules. Ed. Hachette. P.470.

L’ignorance 

 » Le monde juge bien des choses, car il est dans l’ignorance naturelle qui est le vrai siège de l’homme. Les sciences ont deux extrémités qui se touchent, la première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant, l’autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes qui ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir trouvent qu’ils ne savent rien et se rencontrent en cette même ignorance d’où ils étaient partis, mais c’est une ignorance savante qui se connaît. Ceux d’entre eux qui sont sortis de l’ignorance naturelle et n’ont pu arriver à l ‘ autre, ont quelque teinture de cette science suffisante, et font les entendus. Ceux-là troublent le monde et jugent mal de tout. »

Le temps 

Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous rappelons le passé pour l’arrêter comme trop prompt : si imprudents que nous errons dans les temps qui ne sont point nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient ; et si vains, que nous songeons à ceux qui ne sont rien, et échappons1 sans réflexion le seul qui subsiste. C’est que le présent, d’ordinaire, nous blesse. Nous le cachons à notre vue parce qu’il nous afflige ; et, s’il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l’avenir et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance pour un temps où nous n’avons aucune assurance d’arriver. 

Que chacun examine ses pensée, il les trouvera toutes occupées au passé et à l’avenir. Nous ne pensons presque point au présent ; et, si nous y pensons ce n’est que pour en prendre la lumière pour disposer de l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin :  le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais. »   

Le scepticisme politique de Pascal sur le pouvoir :

   a. Le pouvoir repose sur une confusion entre la force et le droit 

« Il est juste que ce qui est juste soit suivi, il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu’il y a toujours des méchants ; la force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force ; et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste. La justice est sujette à dispute, la force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fit que ce qui est fort fût juste. » 

                                                                                                         Pascal, Pensées, V, 298.

« Ne pouvant faire qu’il soit force d’obéir à la justice, on a fait qu’il soit juste d’obéir à la force ; ne pouvant fortifier la justice, on a justifié la force, afin que le juste et le fort fussent ensemble, et que la paix fût, qui est le souverain bien. »  Pascal, Pensées, V, 299.

b. Le pouvoir repose sur la double illusion de la « grandeur naturelle » :

 Celle des princes, dont la position sociale et la fortune dépendent d’une longue série de hasards, et qui croient que leur condition supérieure est une « grandeur naturelle »

« Vous ne vous trouvez au monde que par une infinité de hasards. Votre naissance dépend d’un mariage ou plutôt de tous les mariages de ceux dont vous descendez. Mais d’où ces mariages dépendent-ils ? D’une visite faite par rencontre, d’un discours en l’air, de mille occasions imprévues. Vous tenez vos richesses de vos ancêtres; mais n’est-ce pas par mille hasards que vos ancêtres les ont acquises et qu’ils les ont conservées. Vous imaginez-vous aussi que ce soit par quelque loi naturelle que ces biens ont passé de vos ancêtres à vous ?  (…)  Celle du peuple qui lui aussi, à sa façon croit que la noblesse est une grandeur réelle. Pascal, Traité de l’éducation d’un prince, Premier discours.

Or, il existe deux sortes de grandeurs (= de valeurs ou de supériorités) : les « grandeurs naturelles » et les « grandeurs d’établissement ».(…)  « Les grandeurs naturelles sont celles qui sont indépendantes de la fantaisie des hommes, parce qu’elles consistent dans des qualités réelles ou effectives de l’âme ou du corps, qui rendent l’une ou l’autre plus estimable comme les sciences, la lumière de l’esprit la vertu, la santé, la force ». Les « grandeurs d’établissement », sont inventées « par  la volonté des hommes qui ont cru avec raison devoir honorer certains états et y attacher certains respects ».(…) Le  pouvoir n’est qu’une « grandeur d’établissement ».  Pascal, Traité de l’éducation d’un prince, Second discours.

c. Le pouvoir est fondé sur le vide de la « concupiscence » : « Je veux vous faire connaître, Monsieur, votre condition véritable; (…) Qu’est-ce à votre avis, d’être grand seigneur ? C’est être maître de plusieurs objets de la concupiscence des hommes. (…) Vous êtes de même environné d’un petit nombre de personnes, sur qui vous régner en votre manière. Ces gens sont plein de concupiscence. Ils vous demandent les biens de la concupiscence; c’est la concupiscence qui les attache à vous. Vous êtes donc proprement un roi de concupiscence. Votre royaume est de peu d’étendue; mais vous êtes égal en cela aux plus grands rois de la terre; ils sont comme vous des rois de concupiscence. C’est la concupiscence qui fait leur force, c’est-à-dire la possession des choses que la cupidité des hommes désire. »Pascal, Traité de l’éducation d’un prince, Troisième discours.