Kant

KANT  XVIII°  philosophe Allemagne 

1. Le CRITICISME de KANT.

Kant fait une critique très sévère de la philosophie en général, de la métaphysique en particulier.

Il pose trois questions essentielles :

1. Que puis-je savoir ? 

Question à laquelle il répond : RIEN. La métaphysique n’a aucune valeur. C’est en effet notre esprit qui construit les structures (« formes » de la sensibilité, « catégories » de l’entendement) à partir desquelles nous percevons le monde et nous en construisons une représentation. La philosophie et la métaphysique ne font que refléter les lois de notre esprit, mais ne nous apprennent rien sur le monde qui est à l’extérieur de nous.

Voir schémas page suivante ….

Cette réponse est grave. En effet, c’est en général de la métaphysique que découle la morale. Voir Platon : le mythe d’ER. Comment alors fonder une morale ? D’où la deuxième question :

 2. Que dois-je faire ? Sur quelle valeur puis-je fonder ma conduite ?

Sur un impératif immédiat de ma conscience  (que Kant nomme RAISON PRATIQUE), le DEVOIR. Ma conscience se perçoit d’emblée comme l’être le plus digne de respect qui soit, comme un absolu. Elle a le pouvoir de « s’universaliser« , c’est-à-dire de comprendre que chaque conscience peut elle aussi, percevoir sa propre dignité, et se sentir une valeur absolue. A partir de là, une morale est possible. Elle se fonde sur le  devoir qui se fonde lui-même sur le respect de la conscience.

Cf. Les trois impératifs catégoriques.  

  3. Que puis-je espérer ?

Si je ne peux rien savoir, cependant, les exigences morales de ma raison peuvent me laisser espérer que la vie a un sens et que, puisqu’elles ne sont jamais satisfaites dans la vie empirique, elles le seront dans une autre vie, après la mort. La métaphysique ne peut être qu’une hypothèse, en aucun cas une certitude.

2. 

La Morale

La source du devoir est la « Raison pratique »

Si je ne peux pas connaître la vérité, alors aucune morale ne peut en être déduite comme le prétendait Platon. 

En revanche, à la question « Que dois-je faire » Kant propose une réponse claire, absolue et universelle. 

En effet, la « RAISON PRATIQUE » est une  instance universelle qui donne à l’homme une loi morale, sous la forme d’un « impératif catégorique » c’est-à-dire d’un commandement (ou devoir) clair, absolu, indiscutable. Elle permet à l’homme d’agir moralement. Un être doué de cette raison pratique s’appelle une PERSONNE

Explication : chaque être humain perçoit sa conscience comme un absolu, c’est-à-dire qu’il donne à sa propre personne une valeur de dignité infinie, méritant le respect. Mais il est capable d’universaliser, c’est à dire de comprendre que tous les autres êtres humains sont pour eux-mêmes des absolus. Et de cette façon, il peut « élargir » ce respect à l’humanité tout entière. C’est là le fondement de la morale kantienne, et le respect de cette morale fait de nous des êtres libres

La raison pratique (morale) nous donne des ordres clairs et indiscutables, il suffit d’écouter sa conscience morale, ces ordres ou devoirs sont appelés par Kant : « impératifs catégoriques ».

Les trois impératifs catégoriques de la RAISON PRATIQUE sont les suivants :

I. « Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée par ta volonté en loi  universelle de la nature. » 

(= quand tu agis, donne au monde entier la permission de faire ce que tu fais. Par exemple tu veux tuer tel homme, imagine que tout le monde ait le droit de tuer tout le monde. La vie sociale est-elle encore possible dans ces conditions ? Non ! 

2.   » Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la  personne de tout autre, toujours comme une fin et jamais simplement comme un moyen ».

(= tu n’as pas le droit d’instrumentaliser qui que ce soit, c’est-à-dire de t’en servir comme s’il était un objet, en en faisant un esclave. Tu n’as pas  le droit de te traiter toi-même comme une chose, de te vendre à quelqu’un comme esclave, par exemple, pour régler des dettes. Tu n’as pas, non plus le droit de torturer quelqu’un pour obtenir des renseignements, même si cela te permettait de sauver mille autres personnes.) 

3.   » Agis de telle sorte que tu sois à la fois législateur et sujet dans le règne des fins. » 

(quand tu agis, il faut que la loi à laquelle tu obéis vienne de ta conscience. Si tu obéis aux ordres que te donne ta conscience, alors tu es libre.) C’est le fait d’obéir à cette loi, que nous percevons en nous comme une exigence, une  OBLIGATION INTERIEURE, qui fait de nous des êtres « AUTONOMES » = LIBRES

Kant appelle « bonne volonté » l’obéissance aux lois de la Raison Pratique.

« Tout homme a une conscience et se trouve observé, menacé, de manière générale tenu en respect (respect lié à la crainte) par un juge intérieur et cette puissance qui veille en lui sur les lois n’est pas quelque chose de forgé (arbitrairement) par lui-même, mais elle est inhérente à son être. Elle le suit comme son ombre quand il pense lui échapper. Il peut sans doute par des plaisirs ou des distractions s’étourdir ou s’endormir, mais il ne saurait éviter parfois de revenir à soi ou de se réveiller, dés qu’il en perçoit la voix terrible. Il est bien possible à l’homme de tomber dans la plus extrême abjection où il ne se soucie plus de cette voix, mais il ne peut jamais éviter de l’entendre. »   Kant.

Si au contraire, nous faisons notre devoir parce que nous pensons que nous en serons mieux reconnus dans notre groupe, ou pour avoir bonne conscience, ou dans l’espoir d’aller au paradis après notre mort, alors nous obéissons, à des mobiles ou à des motifs, c’est à dire  à des lois qui nous sont  imposées de l’extérieur, (= à des « impératifs hypothétiques« ) qui s’expriment sous la forme : « Si  tu veux…, alors », nous  sommes dans ce cas « hétéronomes« . Nous obéissons à un ordre étranger  à  nous-mêmes, donc nous ne sommes  pas libres

Kant estime que peut-être jamais aucun acte  n’a été entièrement autonome !

Etre libre c’est donc obéir à sa propre loi, celle-ci vient de notre conscience (Raison Pratique.)

Cette exigence de la conscience est si forte à l’intérieur de nous, qu’elle nous pousse à espérer une récompense pour celui qui la respecte. Une survie de l’esprit (immortalité) et une réunion de tous les esprits qui ont accompli avec pureté leur devoir sans chercher dans la société leur intérêt ou leur bonheur, dans la « République des bonnes volontés », sorte de paradis après la mort. L’immortalité de  l’âme n’est pas un dogme ou une vérité première de laquelle on déduirait la moralité, mais seulement une hypothèse, un espoir qui résulte de la force de la Raison Pratique. 

Si tous les hommes respectaient leur raison pratique (= la loi morale inscrite au fond d’eux-mêmes), alors non seulement ils seraient libres, mais ils vivraient dans la justice et dans une paix universelle.

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme est très fortement influencée par la philosophie de Kant. Aujourd’hui, elle est loin d’être respectée. Elle est un idéal d’humanité. Elle se fonde sur la dignité et le respect de la personne humaine

L’ART.

THEORIE DE KANT : Analyse du jugement de goût.

le jugement de goût « c’est beau« , suppose la mise entre parenthèses de tous ces désirs

1.   « Est « beau » l’objet d’un jugement de goût désintéressé. » 

La beauté relève d’une estimation de la sensibilité sans référence à l’utile, ni au désir normal. Il existe cependant des objets utiles dits « beaux ». Une cafetière, un vêtement, un meuble peuvent être beaux. Kant appelle cette beauté « beauté adhérente« , elle est liée à la perfection de la fonction de l’objet, en même temps qu’à la pureté de sa forme. Tandis que la « beauté libre » est indépendante de toute fonction donc de toute utilité. Elle est gratuite. C’est de cette beauté qu’il est question ici.  

Cela suppose que celui qui juge une œuvre d’art ne tienne pas compte de ses propres besoins ni de ses désirs particuliers. Il est comme au-delà de son moi immédiat. Il se coupe de ses exigences concrètes. Il peut juger beau un tableau qui représente une femme qu’il ne désire pas ou qui exprime une religion qu’il ne partage pas… Le véritable esthète (et l’artiste lui-même au moment où il juge son travail), doit mettre entre parenthèse tous ses désirs personnels pour juger, il est dans une sorte d’ascèse quand il contemple. Cette attitude n’est pas spontanée. Elle suppose tout un travail sur soi.

Ainsi, le goût se forge, s’éduque, s’affine par la pratique, « un long commerce avec les choses belles » (Aristote), la fréquentation de l’art. Tout public n’est pas nécessairement esthète. Il suffit d’écouter une fois les commentaires de la foule devant La Joconde!

2. « Est beau ce qui plaît universellement, sans concept. »  

« Universellement » implique un jugement qui ne relève pas de la sensibilité subjective de l’ego, mais d’un constat unanime, au-delà du temps et de l’espace, de tous ceux qui jugent avec goût. 

« Sans concept » signifie que ce jugement ne peut pas être exprimé avec des mots, il est non formulable. Il est impossible d’expliquer en quoi, pourquoi, une œuvre est belle. La beauté n’appartient pas à l’ordre du discours ni de l’intellectualité. La beauté est indicible. Elle se perçoit dans le silence de la réflexion, avec le seul « outil » de la sensibilité.

Autrement dit est beau, non ce qui « me » plaît à moi en particulier, non ce que je pourrais juger « agréable », mais ce qui est susceptible de produire un accord de tous les esthètes quelle que soit leur culture. Cela suppose qu’il existe une similitude transcendantale entre les hommes. Quand je dis « C’est beau », je ne parle pas de moi, je m’arrache à la singularité de mon ego, je me relie à l’universalité.

3. Le beau est une « finalité sans fin. » 

Ce que veut dire Kant, c’est que l’artiste a visé un but : la beauté, une harmonie, un arrangement qui produise un plaisir désintéressé, c’est tout. La beauté se suffit à elle-même.

Cela suppose qu’un véritable artiste, en tout cas au moment où il « travaille », n’ait en tête que l’idée de la beauté qu’il cherche à réaliser. Certes, des artistes ont travaillé sur commande, mais avant l’aspect économique, c’est le désir de réaliser une belle œuvre qui les guidait. C’est ce qui apparaît clairement dans le personnage de Wang-Fô.

4. Le beau est « objet d’une satisfaction nécessaire ». 

Autant nous pouvons comprendre que l’autre ne perçoive pas comme agréable ce qui nous plaît individuellement, autant la beauté s’impose comme telle. Impossible de supposer qu’un véritable esthète puisse ne pas la reconnaître immédiatement. Un peu de la même façon qu’une vérité mathématique s’impose comme évidence et déclenche obligatoirement l’accord de tous les esprits logiques.   

TEXTES 

LA CONSCIENCE 

« Tout homme a une conscience et se trouve observé, menacé, de manière générale tenu en respect (respect lié à la crainte) par un juge intérieur et cette puissance qui veille en lui sur les lois n’est pas quelque chose de forgé (arbitrairement) par lui-même, mais elle est inhérente à son être. Elle le suit comme son ombre quand il pense lui échapper. Il peut sans doute par des plaisirs ou des distractions s’étourdir ou s’endormir, mais il ne saurait éviter parfois de revenir à soi ou de se réveiller, dés qu’il en perçoit la voix terrible. Il est bien possible à l’homme de tomber dans la plus extrême abjection où il ne se soucie plus de cette voix, mais il ne peut jamais éviter de l’entendre. »   Kant.

Le Sujet

« Posséder le Je dans sa représentation : ce pouvoir élève l’homme infiniment au-dessus de tous les autres êtres vivants sur la terre. Par là, il est une personne ; et grâce à l’unité de la conscience dans tous les changements qui peuvent lui survenir, il est une seule et même personne, c’est-à-dire un être entièrement différent par le rang et la dignité, de choses comme le sont les animaux sans raison, dont on peut disposer à sa guise, et ceci même lorsqu’il ne peut pas encore dire le Je, car il l’a cependant dans sa pensée : ainsi toutes les langues, lorsqu’elles parlent à la première personne, doivent penser ce Je, même si elles ne l’expriment pas par un mot particulier. Car cette faculté (de penser) est l’entendement.

  Il faut remarquer que l’enfant, qui sait déjà parler assez correctement, ne commence qu’assez tard (peut-être un an après) à dire je ; avant, il parte de soi à ta troisième personne (Charles veut manger, marcher, etc.) et il semble que pour lui une lumière vienne de se lever quand il commence à dire je ; à partir de ce jour, il ne revient jamais à l’autre manière de parler. Auparavant il ne faisait que se sentir; maintenant il se pense.

Kant, Anthropologie du point de vue pragmatique (1798)

Liberté :

« L’homme est un animal  qui lorsqu’il vit parmi d’autres membres de son espèces, a besoin d’un maître. Car il abuse à coup sûr de sa liberté à l’égard de ses semblables ; et quoique en tant que créature raisonnable il souhaite une loi qui pose les limites de la liberté de tous, son inclination animale égoïste l’entraîne cependant à faire exception pour lui-même quand il le peut. Il lui faut donc un maître pour briser sa volonté particulière, et le forcer à obéir à une volonté universellement valable, par là chacun peut être libre. Mais où prendra-t-il ce maître ? Nulle part ailleurs que dans l’espèce humaine. Or ce sera lui aussi un animal qui a besoin d’un maître. De quelque façon qu’il s’y prenne, on ne voit pas comment, pour établir la justice publique, il pourrait se trouver un chef qui soit lui-même juste, et cela qu’il le cherche dans une personne unique ou dans un groupe composé d’un certain nombre de personnes choisies à cet effet. Car chacune d’entre elles abusera toujours de sa liberté si elle n’a personne, au-dessus d’elle, qui exerce un pouvoir d’après les lois. »

Nature / Culture   

  « Le dernier progrès que fit la raison, achevant d’élever l’homme tout à fait au-dessus de la société animale, ce fût qu’il comprit (obscurément encore) qu’il était proprement la fin de la nature1, et que rien de ce qui vit sur terre ne pouvait lui disputer ce droit. La première fois qu’il dit au mouton : « La peau que tu portes, ce n’est pas pour toi, mais pour moi que la nature te l’a donnée », qu’il lui retira et s’en revêtit, il découvrit un privilège, qu’il avait, en raison de sa nature, sur tous les animaux. Et il cessa de les considérer comme ses compagnons dans la création, pour les regarder comme des moyens et des instruments mis à la disposition de sa volonté en vue d’atteindre les desseins2 qu’il se propose.

Cette représentation implique (obscurément sans doute) cette contrepartie, à savoir qu’il n’avait pas le droit de traiter un autre homme de cette façon, mais qu’il devait le considérer comme un associé participant sur un pied d’égalité avec lui aux dons de la nature. » KANT.

                  (1. la fin: le but.     2. les desseins: les projets.)